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Assassin's Creed

Fanfiction : Journal d'Arno Dorian

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Arno Dorian

Bonjour à tous, 

Bienvenue sur la page de la fanfiction Journal d'Arno Dorian. Après Unity et Dead Kings je me suis dit qu'on était un peu trop dans le flou vis-à-vis de la suite de sa vie donc je vous propose ma propre suite. Vous trouverez des informations complémentaires sur ma page.

Tant que rien n'est écrit, rien n'est vrai et si rien n'est vrai, tout est permis

Bonne lecture.

21 mars 1813

Voilà bien longtemps que je n’avais pas ouvert ce journal. A dire vrai, j’avais fini par oublier jusqu’à son existence, ainsi que ceux d’Elise. Elise… il s’est passé tant de temps, presque vingt ans. Et voilà que les souvenirs de mes trente premières années ressurgissent. Mon père, Monsieur De la Serre, Elise… c’est triste à dire mais oui, je l’avoue, j’avais fini par oublier.

Et c’est Léonie, jeune membre de ma nouvelle vie, qui m’a ramené dans la nostalgie de l’ancienne.

J’ai transcrit, dans d’autres journaux, ces dernières années au sein de l’Ordre, un Codex pour la postérité, mais jamais je n’y parle de ma famille. Le danger serait trop grand s’ils venaient à tomber entre de mauvaises mains. Pourquoi ne pas reprendre celui-ci pour eux après tout ?

Ainsi donc Léonie est ma fille. Une fillette pleine d’énergie, aventurière et désireuse de découvrir le monde. Pour le moment, du haut de ses sept ans, c’est surtout le café-théâtre qu’elle découvre et je ne doute pas une seule seconde qu’elle en connaisse les moindres recoins.

Et c’est pour cela que je ne suis pas vraiment étonné qu’elle soit, il y a quelques heures, entrée dans mon bureau en me demandant de sa charmante petite voix :

-Père, qui est Elise ?

Sur le coup je suis resté interdit, ma main arrêtée dans ce que j’écrivais. D’abord parce que la jeune Léonie aurait dû dormir à cette heure et ensuite parce que, oui, sur le coup je l’avais oublié. J’ai levé les yeux de mes papiers et je l’ai vu qui me faisait face, cette fillette aux cheveux blonds, ses petits bras chargés d’une telle pile de livres qu’on ne voyait son joli visage qu’à partir de son nez, ses yeux azur posé sur moi.

Avec un sourire, je me suis levé et j’ai contourné le bureau pour prendre les livres, les poser sur le meuble, et prendre ma fille dans mes bras.

-Ne devriez-vous pas dormir à cette heure jeune fille ? lui ai-je dit avec un semblant de sévérité, pour la forme. Où est Jeanne ?

-Elle dort, m’a répondu l’effrontée, rieuse.

J’ai soupiré, les garçons avaient dû épuiser leur jeune gouvernante, comme chaque jour. Eux aussi étaient débordants d’énergie mais ils étaient surtout bagarreurs. Leur maître d’armes aura du fil à retordre avec eux lorsque leur entrainement commencera. Et pour Armand le moment est presque venu et je le sais impatient et inquiet.

Pour l’heure j’ai commencé par porter Léonie jusqu’à son lit où, effectivement, Jeanne dormait.

-Père, protesta doucement ma fille alors je la déposais aux côtés de sa gouvernante. Racontez-moi l’histoire d’Elise.

-Où as-tu vu ce nom ma chérie ?

-Dans les livres.

Ceux qui étaient restés dans mon bureau sans doute. Doucement, j’ai détaché ses petits doigts de mon col auquel elle s’accrochait.

-Je te raconterai l’histoire demain Léonie, dors à présent.

Elle ne résista pas plus, déjà ses yeux se fermaient et elle s’est endormie. J’ai déposé un baiser sur son front en ramenant les couvertures sur elle. Elle ressemblait tant à sa mère. Un coup d’œil avant de quitter la chambre m’apprit que les garçons dormaient également. J’ai fermé doucement la porte et je suis redescendu dans mon bureau. Malgré l’heure tardive je n’avais aucune envie d’aller me coucher, de retrouver mon lit, vide et froid depuis sept ans déjà. Alors je suis retourné travailler. Je les ai vu en arrivant sur le pas de la porte, les livres que j’avais négligemment posé sur le bureau ; les journaux d’Elise ainsi que les miens, de mon ancienne vie.

A présent me voilà, toujours à mon bureau après avoir lu, presque par nostalgie, la totalité des journaux qu’avait apportés Léonie. Bien sûr ils n’étaient pas tous là, sa carrure était top frêle pour supporter leur poids. Je souris en y repensant. Si j’ai oublié le lieu où j’ai caché ces journaux, ma petite aventurière le savait à présent et, bien sûr, elle voudrait connaître toute l’histoire. Quant à savoir si je vais lui raconter ou non, je ne sais pas. Elise était également une aventurière mais surtout elle était une Templière et je ne peux révéler à ma fille leur existence, elle est encore trop jeune.

22 mars 1813

Une fois encore je me suis endormi sur mon bureau et c’est Jeanne qui m’a réveillé, tôt ce matin.

-Vous semblez épuisé Monsieur, voulez-vous que je vous accompagne jusqu’à votre lit ?

-Merci Jeanne mais demain est un jour important et j’ai tant de choses à faire.

Elle n'a pas tenu compte de mes protestations et m’a guidé jusqu’au premier étage.

-Vous ne pourrez profiter pleinement de demain si vous ne vous reposez pas aujourd’hui, m’a-t-elle dit doucement.

Elle avait raison. Je suis entré dans mon lit sans plus de cérémonie.

-Je vais prévenir Milena que vous êtes souffrant, je suis certaine qu’elle comprendra et se chargera d’organiser votre journée de demain.

Milena Auditore, mon amie, confidente et bras droit au sein de l’Ordre. Effectivement, nul besoin d’en dire plus, elle comprendra.

-Merci Jeanne.

Elle a fermé les rideaux et elle est sortie.

Je me suis réveillé plus tard dans la matinée. Il y avait eu un mouvement dans la chambre. Rien n’indiquait que ce soit un ami ou un ennemi mais les temps étaient si tourmentés. Sans ouvrir les yeux j’ouvris mes sens à la pièce autour de moi. Des pas. De petits pas feutrés sur le parquet, un corps léger au vu des faibles protestations du bois. Un souffle, une respiration douce mais hésitante. Un murmure.

-Père…

J’ai doucement ouvert les yeux pour ne pas lui faire peur. Léonie se tenait au bord du lit, son visage penché sur le mien. Je l’ai vu s’illuminer d’un sourire alors que je la regardai.

-Bonjour Père, m’a-t-elle dit.

-Bonjour Léonie.

Elle regardait mon lit puis moi, n’osant sans doute pas demander. J’ai tendu les bras vers elle en invitation. Son sourire s’est encore élargi alors qu’elle posait le livre qu’elle tenait pour monter sur le lit et s’allonger sur mon torse. J’ai refermé les yeux en la serrant contre moi et je me suis rendormi.

La lumière aveuglante du soleil m’a de nouveau réveillé, plus violemment cette fois.

-Debout là-dedans ! a déclamé une voix féminine, joyeuse.

Aveuglé par la lumière toujours plus violente tandis qu’on ouvrait les rideaux de la chambre, je ne pouvais que me couvrir les yeux d’un bras.

-Aller Mentor, j’ai tout préparé pour demain mais il va bien te falloir des explications.

J’étais bien obligé de me lever mais, malgré tout, je me sentais mieux, cette matinée de sommeil en plus m’avait fait du bien. Milena, elle, m’a semblé ne pas tenir en place, probablement aussi pressée que mon fils d’être au lendemain.

-Si tu allais parler à Armand le temps que je me prépare, lui ai-je proposé.

-Oui bonne idée j’y vais.

Et elle est sortie comme une furie.

-Oh ! Voici notre beau Mentor, a déclaré Milena alors que je pénétrai dans mon bureau où elle se trouvait avec Armand.

Vive, elle s’est aussitôt approchée et a fait mine de rajuster mon col et la position de ma capuche, rabattue sur mes épaules. Plus sagement, intimidé, Armand s’est levé et m’a salué.

-Comment te sens-tu ? lui ai-je demandé, les mains posées sur ses épaules.

-Je ne sais pas Père, tout se bouscule.

-Je comprends. Demain tu fêteras ton douzième anniversaire et un nouveau monde s’ouvrira à toi. Milena t’a expliqué le déroulement de la journée ?

J’ai vu l’intéressée sourire du coin de l’œil tandis que mon fils me répondait que oui.

-Bien, lui ai-je dis, va jouer avec ton frère et ta sœur à présent, ces moments se feront rares.

Il hocha la tête et quitta le bureau en courant.

-N’aie crainte Arno, il est prêt.

-Je sais.

Milena scruta longuement mon visage, surtout mes yeux, à la recherche de mes émotions enfouies. Ses traits, habituellement si joyeux, se firent soudain plus tristes. Elle l’avait vu.

-Tu pense à Arianne, me dit-elle

Je me détournais, allant à la fenêtre pour lui cacher ce que je ne parvenais plus à refouler.

-Comment pourrais-je ne pas penser à elle alors que notre enfant va faire ses premiers pas dans la Confrérie ?

Je sentis sa présence derrière moi et sa main se poser sur mon épaule.

-Je suis certaine qu’elle serait très fière de toi et de vos enfants.

Je ne dis rien. Il n’y avait rien à dire après tout. Arianne était une femme forte et une Assassin remarquable mais son corps n’avait pu supporter la venue au monde de Léonie et même les chirurgiens de l’Ordre n’avaient rien pût faire. Milena était sa meilleure amie et la perte d’Arianne nous a rapprochés, elle s’efforçait d’être une mère pour Armand, Milan et Léonie sans qu’ils oublient la femme qui leur avait donné la vie. Et elle se conduisait parfois comme une amante avec moi, des gestes, des mots, parfois plus mais rarement.

Je ne sais combien de temps nous sommes restés là, moi debout à la fenêtre à regarder le monde sans le voir et elle, derrière moi, le front posé sur mon dos. Le temps semblait ralentir dans ces moments de recueillement et aucun de nous ne voulait briser le silence.

C’est l’horloge sonnant seize heure qui s’en chargea.

-Comment se déroulera la journée de demain ? demandais-je

Elle se redressa vivement, secoua la tête et ses traits redevinrent joyeux.

-Demain, oui demain ! s’exclama-t-elle en faisant les cent pas devant le bureau. L’entrée d’un membre si jeune dans la Confrérie sera une première depuis bien longtemps et j’ai cherché à me renseigner.

-Mais tu n’as rien trouvé.

-Pas vraiment, disons qu’il n’y a jamais eu de rites précis pour les jeunes enfants, ils devenaient des apprentis, apprenaient ce qu’il fallait apprendre et, une fois en âge, entraient véritablement dans la Confrérie.

-Qu’as-tu prévu pour Armand ?

Elle me regarda avec des yeux pétillants.

-La journée commencera tôt demain, Armand sera lavé, coiffé puis habillé d’une tunique bleue que j’ai justement reçue ce matin. Tunique à capuche bien sûr. Ensuite un bandeau sera apposé sur ses yeux tandis que nous le conduirons au Conseil.

-Qui l’escortera ?

-Germain et moi-même.

Je hochai la tête (Germain Savin est, comme Milena, un membre du Conseil) et elle continua son récit.

-Après quoi le Crédo lui sera récité dans son intégralité, il le répétera et une ceinture blanche sera ajoutée à sa tunique, pour le côté rituel, pour marquer la pureté de l’enfance, l’innocence de l’apprenti. Enfin, il pourra rentrer ici-même avec la même escorte et commencer son entrainement.

Elle s’arrêta, se tourna face à moi et attendit mon verdict.

-Cela me va, joli programme.

Elle souffla et ses épaules se détendirent. Elle voyait le bout d’un travail de longue haleine.

-Merci Mentor. A toi maintenant, je me suis permis de passer commande pour toi auprès du tailleur, pour rafraîchir un peu ta tenue de cérémonie.

J’ai souris à cette phrase ; c’est parce que je n’en avais pas qu’elle avait besoin d’être rafraîchie.

-Je sais ce que tu penses Arno, jusqu’à présent tu pouvais t’en passer mais maintenant que la guerre semble de nouveau inévitable, les recrutements vont devoir reprendre.

Ca je ne le savais que trop bien et Armand serait le premier nouveau membre depuis ma propre intronisation.

-Mais je continu de penser qu’une tenue de cérémonie est sans doute trop prétentieux Milena.

-Possible mais il le faut. Le Mentor doit être à la hauteur du décor non ?

Là-dessus elle n’avait pas tort. Les locaux de la Confrérie étaient fastueux et richement décorés, je pouvais bien être dans le même esprit au moment des intronisations. Rendre ce moment mémorable pour les apprentis était ce que nous cherchions.

-Je te l’ai mise dans ta chambre en montant tout à l’heure, me dit-elle.

Elle me connaissait si bien qu’elle avait sans doute vu mes pensées sur mon visage. Bien sûr elle était la seule en mesure de le faire, j’y veillais.

-Sur ce, je vais te laisser avec ta petite famille je dois encore préparer la salle.

Elle s’approcha, m’embrassa la joue puis rabattit son capuchon sur sa tête avant de sauter la fenêtre et se mêler à la foule au-delà de la cour arrière du café. Cette femme, à peine plus jeune que moi, était encore une personne si joyeuse et débordante de vie qu’elle paraissait avoir toujours vingt ans.

Pour ma part je suis allé retrouver mes enfants qui jouaient dans la cour avant. Ces moments avec eux gonflent toujours mon cœur de joie.

Au moment du coucher, Léonie m’a une nouvelle fois retenue pour me demander de lui raconter l’histoire d’Elise. Étonnement, les garçons se sont assis dans leur lit pour entendre l’histoire eux aussi. Me pliant à l’exigence de mes enfants, je leur ai raconté ma venue à Versailles avec mon père lorsque j’avais huit ans et les jeux dans les jardins avec une fille de mon âge prénommée Elise. Je me suis arrêté lorsque les gardes ont commencé à s’agiter. Ils n’étaient pas prêts à entendre que leur grand-père était mort alors que je n’étais qu’un enfant.

Je me suis levé, j’ai embrassé chacun de mes enfants et je suis sorti pour rejoindre ma chambre et mon lit, vide.

23 mars 1813

Ca y est, voici qu’Armand est devenu un apprenti Assassin. La cérémonie s’est bien passée, il était nerveux mais il a sans encombre répéter ce qu’il devait. Sa tâche dans les prochaines semaines, avec l’aide d’un Maître Assassin, sera d’apprendre notre Crédo, de le comprendre, dans sa globalité mais aussi ce qu’il implique. J’ai fait l’erreur par le passé de croire qu’il était une permission et cela a conduit à mon exclusion de l’Ordre et je ne veux pas que les recrues d’aujourd’hui fassent la même erreur.

Je me souviendrais toujours du jour où le Conseil m’a radié de l’Ordre. « Arno Dorian, tu n’es plus des nôtres, ton rang et ton titre te sont retirés et tu es désormais à jamais exclu de la Confrérie de Paris. » Quelle ironie n’est-ce-pas Madame Trenet ? Vous m’avez ‘à jamais’ exclu et me voici Mentor. Non pas que je me réjouisse d’occuper ce siège après ma disgrâce, c’est là un grand fardeau que j’ai choisi de porter. Aux noms de mon père, de Mirabeau, de Bellec… et d’Elise. Je me souviens à présent (après vingt ans il est normal d’oublier) pourquoi et comment j’en suis venu à réintégrer la Confrérie et à être élu Mentor.

De nombreux évènements se sont déroulés mais c’est surtout Elise qui m’a fourni les pièces nécessaires à mon retour dans l’Ordre ; les lettres d’Haytham Kenway à sa sœur et nos idéaux communs à lui, Elise et moi. Nous pensions qu’une union entre Assassins et Templiers était possible et nous avions raison… jusqu’à un certain point, oui, elle l’était.

29 mars 1813

Le temps passe si vite. Cela fait une semaine qu’Armand est entré dans la Confrérie. Le Maître Assassin Denis Varlet, que j’ai choisi pour être son professeur, vient de me faire son premier rapport.

-Armand a vite compris le Crédo, m’a-t-il dit, ainsi que ce qu’il implique mais il a du mal à comprendre l’idée de paix avec les Templiers bien qu’elle soit fragile.

Nombre d’Assassins n’avaient pas compris pourquoi une paix avec l’adversité semblait possible… mais le sujet n’est plus vraiment d’actualité à présent.

Denis a poursuivi :

-J’ai commencé son entrainement au déplacement furtif, je n’ai pas été étonné de voir qu’il semble déjà maîtriser ce mode de déplacement mais il lui faudra s’entrainer pour conserver cette aptitude avec l’augmentation de sa taille et de son poids. L’entrainement aux armes commencera dans les prochains mois mais je veux d’abord lui enseigner l’escalade et la dissimulation du mieux que je pourrai.

-Tu es le maître en la matière Denis.

-Merci Mentor. Néanmoins, si je peux me permettre, il semble qu’Armand soit un jour amené à prendre votre place, peut-être devriez-vous vous-même lui apprendre les rouages et les secrets de la Confrérie.

Voilà qu’il soulevait une question importante. Bien que l’idée d’une dynastie à la régence de l’Ordre me semble assez saugrenue, il est effectivement possible qu’Armand prenne un jour la place de Mentor. La question étant voulais-je l’amener à suivre ma voie ou à choisir la sienne ?

-Je vais y réfléchir Denis merci.

Il m’a salué et a quitté le bureau.

Je suis resté un long moment à réfléchir après le départ de Denis. Il se pouvait effectivement qu’Armand doive un jour être Mentor et il devait donc y être préparé. Néanmoins, tant de questions se bousculaient : fallait-il qu’il y soit préparé maintenant ? Fallait-il lui montrer ce qui a été fait pas le passé et ce qui a ou non fonctionné ? L’amener par-là à faire son propre choix ?

Et si attendre conduisait au même résultat qu’avec moi. Après tout, les journaux d’Elise étaient clairs là-dessus ; Monsieur De la Serre voulait m’initier aux rites des Templiers dès mon entrée dans leur famille mais Elise et sa mère ont refusé. Au final, c’est Bellec qui m’a révélé ma vraie nature et la vérité sur les De la Serre et le sentiment de trahison que j’avais ressenti à ce moment-là… Les choses seraient sans doute différentes aujourd’hui mais se perdre en supposition ne servirait à rien. Le passé est passé et personne ne peut revenir dessus. Et puis le cas d’Armand est différent, il connait sa nature et a choisi de faire partie des Assassins, il a simplement besoin d’être préparé à ce qui risque de se produire.

Après ces réflexions, j’ai préféré sortir. Le statut de Mentor au sein de la Confrérie est très prenant et, bien souvent, je ne vois la lumière du jour qu’à travers la fenêtre de mon bureau, voire pas du tout. C’est pour cela que je suis monté sur la tour sud de Notre-Dame. Le soleil chauffait doucement ma peau tandis que je regardais les toits de Paris et l’animation de ses rues. La belle Paris a bien changée depuis le début de la Révolution. La Bastille et le Temple ont été détruits, le Grand Chatelet subissant peu à peu le même sort, une colonne a été érigée place Vendôme et Napoléon a complètement réinventé les Invalides, le Louvre et la Sorbonne. Napoléon… nous qui étions presque amis, nous voici en froid parce que la Confrérie doit sans cesse réfréner ses idées de grandeur, lui qui est à présent Empereur.

-Il m’a fallu deux heures pour te trouver Arno, a déclaré Milena dans mon dos, je sentais qu’elle souriait dans sa voix. Les Assassins réclament une assemblée, ils ont une requête à nous soumettre.

-Ce soir au crépuscule, lui ai-je répondu sans me retourner.

-Bien Mentor.

Et elle est repartie aussi furtivement qu’elle était venue. Il est rare que les Assassins demandent une assemblée au Conseil. Sont-ils nerveux ? Inquiets ? Pourquoi donc ?

Je suis aussitôt descendu me préparer.

30 mars 1813

L’assemblée d’hier s’est bien déroulée. Lorsque nous avons fait notre entrée sur le balcon, les membres de l’Ordre et moi-même, j’ai été surpris de découvrir que la quasi-totalité de l’Ordre était présente, les manquants étant en mission. J’ai observé longuement chacun des Assassins, qui attendaient en silence que leur Mentor prenne la parole, ils semblaient effectivement nerveux et inquiets.

-Paix et sérénité mes frères, ai-je déclaré, un poing sur mon cœur. Qui avez-vous désigné pour être votre porte-parole ?

Tous ont porté un poing à leur cœur en réponse puis une femme que je reconnus comme Louise Harly s’est avancée.

-Mentor, depuis l’intronisation de votre fils Armand au sein de la Confrérie, mes frères et sœurs se posent des questions. (Je l’ai invité d’un geste à me les transmettre). Voilà, depuis que vous êtes Mentor, les Assassins ont pu jouir d’une trêve qui leur a permis de fonder une famille, comme vous. A présent que cette trêve semble fragile, nous craignons pour nos enfants et leur avenir. Ainsi, nous avons une requête…

-Vous souhaitez faire introniser vos enfants au sein de la Confrérie.

-Oui Mentor.

Je comprenais sans mal leur demande. Quelques jours avant ses douze ans j’avais pris Armand à part pour lui parler des Assassins et il avait choisi d’en devenir un à son tour. Je ne sais si mon propre père me l’aurait annoncé s’il avait été vivant mais j’avais choisi de le dire à mon fils. Pensaient-ils vraiment que j’allais refuser à leurs enfants ce que j’avais accordé aux miens ?

-Je n’y vois pas d’inconvénients, ai-je dit.

Une vague de soulagement a traversé la salle mais pas totalement. La paix a permis un rapprochement entre Assassins et Templiers, rapprochement qui s’est parfois avéré être plus qu’amical.

-Il va néanmoins y avoir un problème, ai-je continué. Certains d’entre vous ont fondé une famille avec des membres de l’Ordre du Temple et je ne l’ai jamais critiqué, simplement, qu’adviendra-t-il pour ces enfants-là ? La trêve est aujourd’hui bien plus fragile qu’avant, si elle vient à se rompre, ils seront pris entre leurs parents et les idéologies en lesquels ils croient.

-Et s’ils choisissaient un camp, a renchérit Milena à ma droite, seraient-ils prêts à se battre contre leurs cousins, d’un côté comme de l’autre ?

Germain Savin, à ma gauche, a également pris la parole, ne parlant uniquement qu’au Conseil :

-Peut-être le Conseil devrait-il délibérer au sujet de ces enfants ?

J’ai approuvé d’un signe de tête, les trois autres membres également.

-Sommes-nous d’accord pour les autres ? Ai-je demandé.

Ils ont une nouvelle fois approuvé.

-Mes frères, ai-je déclamé, le Conseil est d’accord pour faire introniser vos enfants au sein de la Confrérie, si c’est là leur choix, dès leur douzième anniversaire ou dans les prochains jours s’ils ont déjà plus de douze ans. Concernant les enfants dont l’un des parents est un Templier et l’autre un Assassin, nous demandons délibération.

Les membres concernés se sont rapprochés de Louise pour lui donner son avis.

-Délibération acceptée Mentor.

Germain a repris la parole :

-Le conseil demande à cinq d’entre vous qui ont un compagnon ou une compagne Templier s’ils souhaitent venir au Conseil demain afin de donner leur point de vue.

-Et cinq d’entre nous viendrons Maitre Savin, a répondu Louise dont le compagnon était justement l’un des lieutenants de Napoléon.

-Alors, ai-je à nouveau déclamé, si personne n’y vois d’objection, la séance est à présent close.

J’ai patienté quelques secondes, personne ne semblait en désaccord avec ce qui a été décidé.

-Paix et sérénité mes frères.

-Paix et sérénité Mentor.

Et chacun est parti, d’aucuns discutant entre eux, d’autres avec Louise. Le Conseil et moi sommes pour notre part retourné dans les bureaux de la Confrérie.

Une fois chacun à notre place aucun n’a parlé, nous réfléchissions au problème. Il était logique que les enfants des Assassins, s’ils le désiraient, soient en mesure de se défendre et de rejoindre notre cause mais que se passerait-il pour les autres ? Ils seraient perdus entre deux mondes, deux idéologies certes semblables mais avec des moyens différents mais, et c’était le plus important, seraient-ils prêts à tuer leurs cousins si le camp choisi venait à le leur demander ? Cette paix ferait-elle, au final, plus de mal que de bien ?

Germain a brisé le silence le premier. Il s’est levé et a commencé à parcourir la salle de long en large, réfléchissant à voix haute :

-Ces enfants sont un vrai problème auquel nous n’avions pas pensé jusqu’à maintenant. On pourrait les laisser dans l’ignorance…

-Nous oui Germain, lui a dit Marguerite Huet, mais les Templiers n’auront sans doute pas autant de scrupules que nous. Ils leur diront qu’ils les acceptent alors que les Assassins ont préféré les laisser dans l’ignorance et ces enfants deviendront des Templiers. Pire que tout, ils auront une rancune envers nous de ne rien leur avoir dit. Et que dire de leurs parents ? On nous reprochera d’avoir choisi de ne rien leur dire.

-C’est vrai, a renchérit Milena. Les laisser dans l’ignorance n’est pas la solution, pas plus que de les amener à faire un choix. Ces enfants appartiennent aux deux camps à la fois, ils représentent un grand risque.

Nicolas Fribourg s’est redressé sur son siège.

-Un risque ? Quel genre de risque ?

-Un risque d’espionnage Nicolas. Que l’un de leurs parents leur demande de trahir le camp qu’ils ont choisi ‘parce que c’est la famille’. On s’expose là à un grand risque.

Et ils ont continué à débattre tous les quatre. Pour ma part, j’écoutais en silence chacun de leurs arguments. Pour bien faire, il aurait fallu un troisième camp pour ces enfants, un camp entre Assassins et Templiers, un rôle de tampon pour éviter que le combat ne dégénère. Si Elise et moi étions membres des deux camps cherchant simplement une union, ces enfants étaient nés de cette union, ils comprendraient donc sans mal l’intérêt de garder la paix aussi longtemps que possible ; ne pas voir leur famille voler en éclat. Si un retour au combat s’annonçait, les idéologies enfouies reviendraient et les disputes conjugales à ce propos se multiplieraient, nombre de foyers seraient touchés par ce problème.

-Arno qu’en penses-tu ?

Je me suis levé tandis que chacun se remettait à sa place.

-Toutes ces questions ont leurs importances, leur dis-je. Tâchons de nous souvenir de chacune d’entre elles demain au moment de notre entretien avec les couples concernés. Pour ma part je vais tenter d’en parler au Grand Maître lorsqu’il sera de retour à Paris, sans doute a-t-il lui aussi pensé au problème de son côté.

-C’est très probable le connaissant, a commenté Nicolas.

-Bien. Sur ce, je vous propose que nous nous arrêtions là pour ce soir, il se fait tard.

Chacun s’est levé et nous nous sommes salué avant de quitter le bureau pour retrouver nos domiciles. Milena m’a suivi jusqu’à la porte donnant sur le café-théâtre.

-Quelle soirée, me dit-elle, visiblement fatiguée.

-C’est vrai mais ce n’est pas un choix à prendre à la légère.

Elle a hoché la tête. Un silence s’est fait et elle m’a regardé dans les yeux. Finalement elle a fait un pas en avant puis s’est ravisé et elle est partie.

Une fois couché j’ai longuement pensé à ce moment, bien conscient de ce qu’elle attendait sans oser l’avouer. Arianne est décédée depuis huit ans maintenant et pourtant, bien que j’aie finalement réussi à tourner la page, son souvenir m’empêchait tout rapprochement trop intime avec Milena et il en valait certainement de même de son côté. Et puis, après le décès d’Arianne, c’est Milena qui a repris son rôle au sein de la famille, en souvenir de sa meilleure amie, il est plus que probable que ses sentiments envers moi viennent de là. Et quand bien même ils sont réels, après avoir perdu les deux seules femmes que j’ai aimé, je crois que je ne supporterai pas d’en perdre une troisième.

Nous sommes quadragénaires et nous nous conduisons comme des adolescents, j’ai presque ri de cette image. 

7 avril 1813

Une nouvelle semaine chargée vient de s’écouler. Dix enfants ont été intronisés et une dizaine d’autres est sans doute prévue dans les mois et années à venir. Armand n’est désormais plus seul pour les leçons et cela semble lui plaire. Ne plus être seul lui permet d’apprendre le travail d’équipe, à commander et à obéir.

Milan et Léonie, privés de leur grand frère tous les après-midi, s’occupent comme ils peuvent. Milan lisant calmement dans la bibliothèque et Léonie disparaissant durant plusieurs heures avant de revenir pour dîner, parfois triste, parfois joyeuse. Je la soupçonne de se cacher là où se trouvent les journaux et de les lire durant l’après-midi. Mais a-t-elle commencé par les miens ou par ceux d’Elise ? Moi qui ne voulais pas lui révéler l’existence de ce combat avant ses treize ans, comme pour Armand, voici qu’elle en prend connaissance d’elle-même et seule. Je me refuse à altérer sa soif d’aventure mais il me faut en parallèle lui apporter la sagesse pour qu’elle devienne un jour une femme aussi forte que sa mère.

Et j’ai à nouveau réfléchi à la proposition de Denis concernant Armand. Lui apprendre les rouages de la Confrérie est essentiel mais il est encore trop jeune. Je commencerai cet apprentissage lorsqu’il deviendra un Assassin, ainsi, lorsque le jour sera venu, il sera prêt.

Il m’arrive parfois de repenser aux circonstances de mon retour dans l’Ordre. J’ai dû rester une semaine dans la chambre d’Elise à la Maison Royale de Saint-Cyr à lire puis simplement regarder les lettres d’Haytham Kenway à sa sœur. Après ma disgrâce et la mort d’Elise, je me savais inactif, hésitant à revenir auprès de l’Ordre afin de plaider ma cause. J’ai élaboré de nombreux scenarios que j’ai tous jugés irréalisables. Ruddock pensait que la simple possession des lettres aurait permis son retour et cela aurait pu fonctionner également pour moi… si Mirabeau était toujours de ce monde. Malheureusement, je me doutais que les Maitres Quemar, Beylier et Trenet ne partageaient que superficiellement la conviction d’une paix avec les Templiers. De nombreuses questions se posaient : Au vu de la disparition de Germain, qui prendrait la tête des Templiers ? Serait-il en faveur d’une paix ? Et sinon, que se passerait-il ?

Finalement, je me suis décidé à quitter Jacques et Hélène, les remerciant infiniment pour leur hospitalité, autant en mon nom qu’en celui d’Elise. Il me fallait retourner sur Paris, être au plus proche de ce qui s’y passait. Au café-théâtre, j’ai préféré l’hôtel particulier des De la Serre, sur l’Ile Saint-Louis. Après tout, Elise y avait vécu et je ne pouvais retourner au café-théâtre. Il appartenait aux Assassins et je doutais en avoir toujours la régence. J’ai beaucoup aidé Madame Gouze et le café mais je ne devais pas la prendre pour acquise. Elle m’était dévouée parce que nous étions des Assassins.

J’ai rejoint l’hôtel particulier durant la nuit, cachant mon visage sous mon capuchon tandis que je traversais les rues de Paris. J’ai également évité de passer devant le café, montrer mon retour n’était certainement pas une bonne idée.

Au sein de l’hôtel, j’ai longuement marché au milieu des débris et des fantômes du passé. Je ne me rendais pas vraiment compte que je cherchais sa présence avant d’entrer dans la pièce qui avait été sa chambre. Plus puissant qu’à Saint-Cyr, le souvenir de ma bien-aimée m’a submergé. J’ai longtemps retenu mes larmes avant de réaliser que j’étais seul et que je pouvais me laisser aller.

J’avais vingt-six ans, j’avais la vie devant moi et pourtant j’avais perdu mon amour, ma famille d’adoption en plus de celle du sang et la fraternité qui m’avait accueillie. C’est là, assis dans les ruines de ma vie, que j’ai eu le déclic ; ayant à présent tout perdu, je n’avais plus rien à risquer sinon ma vie et je refusais que d’autres perdent leur vie dans ce combat infertile entre Assassins et Templiers. Un nouvel Arno renaissait peu à peu tandis que la résolution remplaçait le vide qui avait envahi mon cœur.

Et quand je pense à ce moment, un doute me prend parfois ; suis-je toujours cette personne ? Ce jeune homme croyant dur comme fer en ses idéaux ? La réponse est sans doute non. De nombreuses choses ont changé en vingt ans, les personnes autant que leurs perceptions. Que pensais-je à ce moment ? « Les idéaux s’effacent au profit du dogme, et le dogme ouvre la voie au fanatisme ». C’est vrai et c’est là le piège, lorsque l’idéal devient dogme. A ce moment, c’est terminé, plus rien ne peut être fait dans la paix. J’aime à croire que nous n’en sommes pas encore là. Nous avons cherché la paix et elle est arrivée, puis nous avons cherché à la conserver alors que les Templiers retrouvaient peu à peu les idéaux qui les avaient toujours animés et aujourd’hui… aujourd’hui les Assassins sont simplement les gardes fous entre les Templiers et le peuple. Nous étions parvenus à brider les désirs de Napoléon mais très vite, le contrôle de la France ne lui suffit plus, il lui fallait plus, il lui fallait un Empire. Et aujourd’hui nous en payons le prix.

8 avril 1813

Hier, lorsque Léonie est revenue pour le dîner, j’ai remarqué qu’elle portait autour du cou une fine chaîne d’argent dont elle avait caché le pendentif dans sa robe. Son visage, habituellement si joyeux, était fermé et elle semblait dans ses pensées. Quelque chose me disait que je connaissais le pendentif qu’elle cachait.

C’est pour cela qu’aujourd’hui, après le déjeuner, j’ai choisi de la suivre discrètement. Elle n’avait pas dit un mot de la matinée, toujours perdue dans ses pensées, et cela m’inquiétais grandement. Il n’était pas sain pour elle de connaître l’existence des Templiers maintenant, elle est très jeune et elle a besoin de son innocence, grandir prématurément ne l’aidera pas pour le futur.

Après s’être poliment levée de table elle a tout de suite rejoint le hall d’entrée et, de là, l’escalier descendant sous le bâtiment. Elle connaissait bien les lieux, elle ne fît d’ailleurs aucun détour pour rejoindre une pièce aujourd’hui inutilisée mais qui auparavant servait de lieu de rassemblement pour les Assassins.

Un souvenir m’est revenu ; je marchais dans ses souterrains, les bras chargés d’un coffre dans lequel se trouvaient les souvenirs d’Elise. J’entrai dans cette salle abandonnée et y cachait le coffre parmi tout ceux qui restaient, dans le désordre des parchemins entreposés là puis oubliés.

Je suis resté caché dans l’encadrement de la porte tandis que Léonie se dirigeait vers un coffre qu’elle avait séparé des autres pour y prendre un journal, s’asseoir directement par terre, le dos contre le pied d’une table, et le lire à voix haute, presque solennellement. De temps en temps, lorsqu’elle évoquait Elise, sa main libre venait caresser la croix rouge qui formait le pendentif qu’elle portait. Ainsi mes souvenirs ne s’étaient pas totalement estompés, c’était bien le collier d’Haytham Kenway à sa sœur que j’avais reconnu à son cou.

C’est à ce moment que j’ai décidé de me montrer.

-Léonie.

Bien que je l’aie appelé d’une voix douce, ma petite fille a sursauté, rangeant précipitamment le pendentif dans son corsage et fermant le livre. Elle se leva pour me faire face en époussetant sa jupe.

-Père je…

-Inutile.

Elle se tu et regarda le sol. Elle savait qu’elle n’avait pas le droit d’être ici mais j’ai sans doute été trop brusque avec elle. Je sais que je suis trop gentil avec ma fille alors que le monde extérieur était loin d’être aussi doux mais… elle était ma fille… et le portrait de sa mère.

Je m’agenouillais devant elle et tendis la main, paume vers le haut.

-Donne-moi le pendentif chérie.

Elle plongea son regard suppliant dans le mien mais s’exécuta. Je m’installais en tailleur sur le sol et l’invitai à faire de même. Elle semblait hypnotisée par l’objet que j’avais dans la main, il était visiblement temps que j’y mette fin. Je lui montrai le pendentif qui oscillait lentement au bout de sa chaîne.

-Que sais-tu de ce pendentif Léonie ?

-C’est celui qu’un Monsieur a offert à sa sœur qui l’a offert à Elise.

-Et sais-tu ce qu’il représente ?

-Les Templiers.

-Qui sont les Templiers chérie ?

-… Je ne sais pas… mais le Monsieur et Elise sont des Templiers. Et les parents d’Elise et…

Je le coupais. Il me fallait l’amener doucement à comprendre son erreur ; ces Templiers-là étaient bien différents des autres et elle devait le comprendre tout de suite. Et surtout, nous n’étions pas des Templiers.

-Et toi chérie ? Es-tu un Templier aussi ?

-Non…

-Alors pourquoi portes-tu ce pendentif ?

-Pour Elise.

Elle avait les larmes aux yeux à présent. Le cœur lourd, je voulais la prendre dans mes bras mais je me retenais.

-Je comprends ton admiration pour elle mais porter ce collier pourrait t’apporter de nombreux ennuis.

-Pourquoi Père ?

-Parce qu’il est le symbole d’une appartenance à cet Ordre. Que t’a appris le journal d’Elise sur moi ?

Elle sembla réfléchir intensément, ses sourcils froncés. Elle était si adorable.

-A un moment ses parents lui disent que votre père était… un Assassin. Mais son père lui dit qu’il aimerait que vous deveniez un Templier comme eux.

-Mais aujourd’hui je ne suis pas un Templier, je suis un Assassin comme mon père. Ce collier que tu portais est dangereux car il montre ton appartenance aux Templiers alors que tu n’en fais pas partie. Tu es encore trop jeune pour comprendre la philosophie des deux Ordres et ce qu’ils impliquent. Tu n’aurais pas dû connaître leurs existences avant tes douze ans.

Cette fois, des larmes coulaient sur ses joues et je la pris dans mes bras. Elle pleura un moment contre moi avant de se reprendre.

-Et si je veux devenir Templier maintenant, je peux garder le collier ?

-Non tu ne peux pas garder le collier chérie, et tu ne peux pas devenir Templier maintenant. Elise et Monsieur Kenway n’étaient pas comme les autres, ils étaient plus gentils. Dans la vie ma puce, quel que soit la décision que tu devras prendre, prend bien en compte toutes les données à ta disposition et trouves-en d’autres si nécessaire, un choix se fait rarement à la légère.

Mais je ne l’empêcherai pas de choisir sa voie. Ayant été élevé par des Templiers je savais qu’ils pouvaient être bons, je serai fier que ma fille soit l’un d’eux, comme les De la Serre ou Haytham Kenway, si c’est ce qu’elle choisit d’être.

-Mais je peux continuer à lire les livres ?

-Tu peux continuer à lire les livres.

Je lui souris et elle me sourit en retour, ses petits yeux bleus toujours humides. Elle se blottie de nouveau contre moi.

-Je t’aime papa, dit-elle contre mon manteau.

Je la serrai plus fort contre moi et embrassai le sommet de son crâne.

-Je t’aime aussi Léonie. Remontons maintenant.

Elle hocha la tête mais resta contre moi. Passant un bras sous elle pour la soutenir, je rangeai le pendentif dans sa boite puis dans le coffre et me levai pour rejoindre le hall. Lorsque j’y parvins, je le reposai à terre et elle courut rejoindre Milan qui jouait dehors. Elle me rappelait tant sa mère.

J’ai rencontré Arianne pour la première fois quelques mois après mon retour à Paris. J’avais fait quelques excursions discrètes dans la ville pour voir ce qui avait changé et discuter avec ce cher marquis de Sade, trônant toujours sur sa cour de rats. Il m’a d’ailleurs permis de récupérer à Franciade (redevenue Saint-Denis aujourd’hui) un objet proche de l’épée qui a tué Elise en se désintégrant, une sorte de pomme. J’ai préféré l’envoyer aux Assassins Egyptiens pour éviter de la garder trop proche de Napoléon, qui la désirait. Logeant toujours dans l’hôtel des De la Serre, je me préparais à partir vadrouiller lorsque j’ai senti, dans mon dos, deux personnes entrer tels des chats par la fenêtre ouverte. Ainsi, les Assassins étaient au courant que je rôdais dans les rues. J’ai attendu le son de la lame secrète sortant de son fourreau pour me donner la mort mais rien n’est venu.

-Vous attendez que je me mette face à vous pour me tuer ? ai-je demandé.

-Nous n’avons pas l’ordre de te tuer Arno Dorian.

Je me suis tourné. Deux femmes me faisaient face, capuchon sur leurs épaules. L’une était blonde aux yeux bleus, l’autre brune avec un regard d’acier. Aucun de nous trois ne bougea pendant un moment.

-Ainsi, les Assassins savent que je suis à Paris.

-La Confrérie a appris ta présence et t’a suivi dès que tu as passé la porte de cet hôtel.

-Et que faites-vous ici si vous n’avez pas l’ordre de me tuer ?

-Le Conseil veux que tu saches que nous te surveillons et que tu es convoqué demain au Quartier Général.

La blonde, qui m’avait parlé jusqu’à maintenant, m’a tendu le même médaillon que celui que m’avait donné Bellec ; la clé de la Sainte-Chapelle. Je l’ai pris.

Les deux femmes ont remis leur capuchon et se sont tournés vers la fenêtre par laquelle elles étaient entrées. La blonde a tout de suite sauté sur le toit d’en face tandis que la brune s’est tournée vers moi l’espace de quelques secondes.

-Nous espérons tous ton retour Arno.

Et elle a suivi sa sœur d’armes.

Ce moment a été ma première rencontre avec Arianne et Milena. Bien sûr, je les avais déjà croisées au sein de la Confrérie, des salutations polies échangées alors que nous partions ou revenions de mission. Dans ces moments, je ne voyais d’elles que leurs yeux luisants dans la pénombre de la Confrérie, jamais le reste de leur visage. Cela me fait penser qu’à cette époque, elles connaissaient mon nom alors que je ne savais rien d’elles. A vrai dire, je ne savais rien des autres membres de la Confrérie, trop occupé dans mon désir de rédemption.

9 avril 1813

Chaque matin, le précepteur donne cours à mes trois enfants. Ils travaillent chacun à leur rythme, Léonie étant peut être un peu plus en avance que l’étaient Armand ou Milan à son âge. Ce matin, lorsque je les regardais, discrètement caché sur le pas de la porte, je les ai vu tous les trois studieusement penché sur leur cahier. Milan semblait néanmoins bien plus concentré que son frère et sa sœur. Il tenait certainement ça de sa mère puisque je n’étais moi-même pas vraiment concentré sur mes travaux à leur âge. Le précepteur m’a aperçu et m’a fait un signe, signifiant qu’il voulait me parler. Il a regardé la progression des enfants dans leurs exercices puis il est sorti me rejoindre dans le couloir.

-Monsieur, je voulais justement vous parler, m’a-t-il dit.

-Quelque chose ne va pas ?

-Oh si si tout va bien. J’ai simplement remarqué, vous l’aurez peut-être vu également, que Milan était bien plus concentré qu’Armand et Léonie. (J’ai hoché la tête) A vrai dire Monsieur, il est tant concentré dans sa tâche qu’il en est venu à faire les mêmes exercices que son aîné.

J’en suis resté muet. Milan avait donc deux ans d’avance. Le garçon que m’a alors décrit le précepteur était bien différent de celui que je connaissais. Il le disait détaché du monde extérieur tant il était concentré sur ce qu’il faisait.

-J’ai rarement vu des enfants comme Milan Monsieur. Il a dix ans et pourtant, je sens qu’il sait parfaitement ce qu’il veut dans la vie et qu’il fait tout pour l’obtenir. Il a une volonté de fer qui… pourrait cacher quelque chose de plus profond.

J’ai regardé mon fils à travers l’ouverture de la porte. Hors de cette pièce il paraissait plus joyeux, solitaire certes, mais toujours poli et avec un sourire aux lèvres. Là, je voyais un jeune garçon froid et calculateur, pratiquement un homme. Je ne pouvais m’empêcher de penser que, une fois assis à son bureau, le masque tombait. Quand mon petit garçon était-il devenu ainsi ?

-Dès ses premiers jours de travail, après son cinquième anniversaire, il a eu ce comportement avec moi, m’a expliqué le précepteur. Sans vouloir vous offenser Monsieur, il semble voir en moi un mentor, il me pose beaucoup de questions, notamment sur les études possibles après mon enseignement. Il semble vouloir devenir chirurgien et il fait tout pour.

-Que me conseillez-vous ?

-Il n’est pas fait pour… ce que vous savez et je pense que l’empêcher de faire ce qu’il désire ne le mènerait qu’à plus de ferveur pour l’atteindre. Je peux me renseigner auprès de Monsieur Lamarck pour qu’il complète mon enseignement. Mais, si je peux me permettre Monsieur, vous devriez creuser un peu plus pour savoir pourquoi il est ainsi. Vous semblez si inquiet que je me dis qu’il n’est pas ainsi avec vous.

-Effectivement. Contacter Monsieur Lamarck, nous verrons ce qu’il en pense.

-Bien Monsieur merci. Permettez.

-Je vous en prie.

Et il est retourné voir les enfants. Léonie a levé les yeux lorsqu’il est entré et, m’apercevant, m’a souri. Je lui ai souris en retour et je suis parti.

Je me suis rendu dans le bureau du Quartier Général. J’espérais y travailler mais je n’ai pas pût, mon esprit ne cessait de revenir au passé. Peut-être le coucher sur le papier me permettra-t-il de l’apaiser ?

Après la visite des deux Assassins pour la convocation, j’ai passé de nombreuses heures éveillé dans mon lit avant de pouvoir enfin trouver le sommeil. Que me voulaient-ils ? Pourquoi me convoquer ? Les questions tournaient en boucle dans ma tête et semblaient ne jamais vouloir se calmer.

Dans la matinée, je me suis rendue à la Sainte-Chapelle. Y revenir a fait remonter en moi le souvenir des évènements vécu ici, notamment mon combat contre Bellec. Comme la première fois, je suis allé au premier étage et j’ai activé le mécanisme grâce au médaillon.

Une femme m’attendait dans l’ombre des tunnels. Je n’ai vu que ses yeux bleus sous son capuchon. J’ai continué à avancer et elle m’a suivi. La seconde femme était appuyée sur une colonne à l’entrée du Quartier Général. Elles m’ont escorté jusque dans la salle basse, celle où je n’ai été que deux fois, pour mon intronisation et ma radiation.

Deux Assassins étaient présents sur le balcon ; les Maîtres Quémar et Beylier. De cinq il y a quelques mois, voilà qu’ils n’étaient plus que deux.

-Soit le bienvenu Arno, m’a dit Maître Beylier. Tu dois te poser de nombreuses questions quant à ta présence ici.

-C’est le cas Monsieur.

-Nous avons appris la disparition de François-Thomas Germain en même temps que son rôle au sein des Templiers et pour le meurtre de De la Serre. En sais-tu quelque chose Arno ?

-Il est mort.

Les deux Maîtres ont échangés un bref regard.

- C’est bien ce que nous pensions. Ainsi, ton désir de vengeance n’est plus qu’un souvenir ?

J’ai hoché la tête. C’est le Maître Quémar qui a poursuivi.

-Nous avons également appris qu’un mystérieux objet sorti de Franciade par tes soins était parvenu à nos frères égyptiens. Pourquoi l’as-tu envoyé là-bas ? N’avais-tu pas confiance en nous ?

-Vous m’aviez radié ! (Je me suis vite ressaisi) Napoléon convoitait cet artefact, s’il avait appris qu’elle se trouvait toujours à Paris, il aurait réduit la ville en cendres pour la retrouver.

Maître Beylier a lancé un regard entendu à son collègue, comme s’il lui avait lui-même dit ces mots.

-Arianne et Milena t’ont suivi dès ton retour à Paris il y a quelques semaines. Elles disent que tu as changé, es-tu en accord avec ces propos ?

-Je le suis. Celui qui a ordonné le meurtre de Monsieur De la Serre est mort et… Elise elle-même n’est plus. Je ne désobéirais plus si c’est ce que vous vous demandez.

-C’est bien ce que nous te demandons.

Il y eu un moment de silence tandis que les deux Maîtres se regardaient. Finalement, Maître Quémar a hoché la tête et Maître Beylier a repris la parole.

-Arno Dorian, tes talents d’Assassins ne sont plus à démontrer et tu as prouvé que la sagesse n’était pas hors de ta portée. La Confrérie a aujourd’hui des doutes sur l’avenir et tu étais l’un de nos meilleurs éléments, c’est pour cela que nous sommes prêts à revenir sur la décision du Conseil si tu l’accepte.

-Vous me proposez de réintégrer la Confrérie ?

-C’est ce que nous te proposons.

Un frisson m’a parcouru l’échine et la salive a quitter ma bouche. Mon esprit lui-même s’était arrêté sur cette dernière phrase. J’ai bien entendu, dans le lointain, Maître Beylier m’appeler à plusieurs reprises mais je ne parvenais pas à réagir.

-Arno !

Je suis finalement sorti de ma torpeur pour lever les yeux vers lui.

-Nous comprenons ce que tu ressens Arno, c’est pour cela que nous t’accordons une semaine pour y réfléchir. Tu peux également retourner au café-théâtre, géré par tes soins, il a chaque jour été plus prospère et Charlotte rechigne à travailler sans toi. Arianne et Milena vont te raccompagner.


Et elles l’ont fait. Je n’avais pas beaucoup d’affaires, il fut donc facile de les transférer de l’hôtel particulier au café-théâtre. Milena, la brune, n’a cessé de me parler durant le trajet. C’était visiblement une femme très joyeuse mais mon regard se portait sans cesse vers Arianne. Plus réservée, elle se contentait presque de nous escorter, observant les rues en quête de danger. Charlotte Gouze, elle, m’a accueilli avec un grand sourire lorsque j’ai passé la porte du café. Je vis dans son regard une joie sincère de me revoir, presque une envie de me prendre dans ses bras aussi. Augustin, le maître d’armes, a été plus réservé mais semblait content également. J’étais de retour chez moi.

20 avril 1813

Le temps passe. Chaque après-midi, Armand continue son apprentissage, Milan suit les enseignements de Monsieur Lamarck et Léonie lit les journaux d’Elise. Et moi je suis pris avec la Confrérie comme toujours. Aujourd’hui j’ai décidé de m’accorder une pause pour aller voir comment se déroulait l’entrainement d’Armand. Cet après-midi-là, Denis a choisi la salle d’entrainement du café pour ses joutes avec mon fils, c’est donc là que je me suis rendu. Je suis d’abord resté derrière la porte close à écouter le doux bruit du bois cognant le bois puis je me suis décidé à entrer. La porte s’est ouverte sans un bruit et je l’ai refermé derrière moi. Armand et Denis se faisait face, mon fils visiblement essoufflé et transpirant. Son professeur, face à moi, m’a jeté un bref coup d’œil avant de lancer une nouvelle attaque sur son adversaire. J’ai vu Armand parer facilement le coup avant de se fendre vers l’avant, touchant le ventre de Denis.

-Ah ! Je vous ai eu Maître ! a-t-il joyeusement lancé.

Et l’instant d’après, Denis le mettait au tapis.

-Ne te laisse pas déconcentré par le fait que l’un de tes coups atteint ta cible.

Il releva son élève qui, en se redressant, m’aperçut.

-Père !

-Comment se passe ton enseignement Armand ? lui ai-je demandé

-Bien ! C’est amusant mais aussi très fatigant.

J’ai souri à ces mots.

-Et si tu me montrais ?

Il s’est redressé, s’est tourné vers son maître et, le regard farouche, s’est mis en position. Denis aurait pu en rire si Armand ne s’était pas tout de suite fendu en une attaque sur son flanc droit. Son professeur l’a bien sûr paré avant de lui retourner le coup, retenant évidemment une grande partie de sa force. J’ai observé le combat avec attention. Denis était grand et bien plus fort qu’Armand mais ça ne posait pas de problème à mon fils qui misait sur sa petite taille et sa rapidité pour lui asséner de petits coups d’épée dans les jambes. Il était réfléchi mais pas assez puisqu’il m’était toute sa force dans chacun de ses coups, réduisant rapidement son énergie. Finalement, un simple coup à l’épaule le fit basculer en arrière. Armand resta là, les bras en croix, reprenant son souffle.

-C’est pas encore ça mon grand, lui a lancé son maître.

-C’est parce que je vous ai laissé gagner !

J’ai souri à cette pique et Denis en a ri.

-Ce petit a l’humour de son père.

Je me suis fendu dans une courbette satirique puis je me suis approché de Denis qui avait posé son épée de bois sur la table.

-Comment se débrouille-t-il ?

-C’est un bon combattant, m’a-t-il répondu avec un sourire. Je retiens mes coups bien sûr mais j’ai l’impression de me battre avec un vous miniature Mentor. Il a tendance à foncer tête baissée pour achever rapidement son adversaire sans pour autant réfléchir à ses faiblesses.

J’ai ri.

-Attention à ce que tu dis Denis.

-Vous savez ce que je veux dire Mentor, vous étiez ainsi auparavant.

Il disait vrai. J’ai détaché mes armes que j’ai posées sur la table avant de prendre l’épée en bois. Le sourire de Denis s’est agrandi en comprenant. Je me suis tourné vers Armand, toujours allongé à terre.

-Que dirais-tu d’un petit combat amical entre toi et moi, Initié ?

Il s’est redressé d’un bond, soudain en pleine force.

-Je m’en voudrais de battre le Mentor, m’a-t-il lancé, plein d’assurance.

J’ai ri. C’était tout moi ce petit. Je me suis donc approché, prêt à l’attaque. Il y avait un moment que je n’avais pas combattu. Comme avec Denis, Armand a porté le premier coup avec toute sa force et une simple parade a suffi à le faire chanceler. J’ai profité de ce moment pour lui en porter un petit sur l’épaule. Il a reculé et a attendu, les yeux rivés aux miens. J’ai ri intérieurement devant son expression farouche, il sera un combattant hors pair une fois son entrainement achevé. Je me suis déplacé sur la droite et il m’a suivi dans un bon jeu de jambes.

-Qu’attends-tu fils ?

-Honneur au plus vieux.

-Trop aimable jeune homme.

Ce petit combat avec mon fils m’a beaucoup amusé. C’était comme me battre avec l’enfant que j’étais lorsque j’avais douze ans, comme un miroir rajeunissant. Après plusieurs attaques, il était de plus en plus chancelant et il a bientôt suffit d’un petit coup pour qu’à nouveau il tombe à terre. Je l’ai aidé à se relever.

-Bravo Armand, c’était un beau combat.

-La prochaine fois je gagnerai Père.

-C’est ce qu’on verra mon fils, continu de t’entrainer.

Il a rejoint la table pour prendre un verre d’eau et je l’ai suivi, récupérant mes effets puis je les ai salués avant de redescendre. Je me suis installé à mon bureau, traversé par un nouveau souvenir.


Après la proposition du Conseil, j’ai passé la semaine à réfléchir sur mon éventuel retour. Ma liberté me permettait une grande marge d’action mais la Confrérie avait les moyens et la portée d’action.

Mes journées étaient toutes semblables ; le matin je pesais le pour et le contre et l’après-midi je me défoulais, seul ou avec Augustin, le maître d’armes.

La veille de la date fatidique, j’avais choisi d’être seul dans la salle d’entrainement. Les yeux fermés, je me concentrai sur les sons provenant des fenêtres ouvertes pour imaginer mes combattants invisibles. Il y eu un bruissement et le parquet protesta sous le poids d’un nouvel arrivant, bien réel celui-ci. Le vent apporta vers moi un parfum, délicat et mystérieux. En ouvrant les yeux, j’ai vu Arianne, son regard me transperçant.

-Tu ne sais donc pas passer par les portes, lui ai-je dis.

-Les portes grincent, m’a-t-elle répondu avec un sourire.

Me regardant droit dans les yeux elle a détaché la ceinture portant son épée et l’attache de son pistolet qui tombèrent tous deux à terre. Armée uniquement de sa lame secrète, elle s’est approchée de moi pour me désarmer également, envoyant mes effets rejoindre les siens.

-J’aimerais vois comment tu te bats. Que dirais-tu d’un combat amical ?

Voilà donc ce qu’elle avait en tête. Avec un sourire je me suis aussitôt mis en position. Après tout, me battre contre un adversaire que je ne connaissais pas ne pouvais que m’aider.

-Honneur aux dames.

-Trop aimable.

Elle a patienté quelques secondes puis elle s’est jetée sur moi. Je ne me souviens pas de la totalité du combat, juste de quelques attaques, quelques feintes, parfois théâtrales. Cependant, je revois encore avec précision comme chaque mouvement qu’elle faisait était aussi maîtrisé que gracieux. Elle se battait comme une panthère et son regard le confirmait. A force égale, le combat dura longtemps mais nous avons tous les deux tenu bon.

Je me souviens comme, juste avant la fin, elle avait dans le regard cette lueur froide et calculatrice. C’est de croiser cette lueur qui m’a déconcentré l’espace d’une seconde. Il n’a pas fallu plus pour que je me retrouve à terre, Arianne me chevauchant, son bras d’arme sous ma gorge. Avec un sourire elle a fait jaillir sa lame de sa cachette, le cliquetis et le souffle produit résonnant à mon oreille.

-J’ai gagné, m’a-t-elle dit.

-Je le reconnais bravo.

Aucun de nous n’a bougé tandis qu’on cherchait à retrouver notre souffle, le regard rivé sur l’autre. Est-ce là que quelque chose est né entre nous ? Je ne saurai le dire. Finalement, elle a doucement relevé le bras pour rentrer sa lame puis elle s’est relevée et m’a tendu le bras pour m’aider. Elle s’est ensuite dirigée vers nos armes pour remettre les siennes en place.

-Tu ne réfléchis pas assez.

-Et toi tu réfléchis trop.

Elle m’a regardé droit dans les yeux une nouvelle fois. Il m’a semblé que son regard, que j’avais souvent trouvé froid, s’était fait plus chaleureux, comme de la glace fondant au soleil.

-Nous pourrons remettre ça si tu reviens.

A nouveau, elle est sortie par la fenêtre et a sauté sur le toit d’en face.

-Chez moi les portes ne grincent pas, lui ai-je crié.

Elle s’est tournée vers moi et m’a souri.

-Surveille tes arrières alors !

Puis elle est partie.

1 mai 1813

Connor Kenway et ses Assassins sont arrivés en France ce matin. Il y a plusieurs mois, il m’a prévenu qu’il souhaitait débusquer un Templier nommé Shay Cormac qui se terrait en Europe avec des artefacts volés et la mort de centaines de nos frères sur la conscience. Bien que les artefacts en eux-mêmes ne m’intéressent pas, j’ai accepté que la France soit le pied-à-terre de mes confrères coloniaux en Europe.

Hier soir, j’ai moi-même pris un petit groupe d’Assassins (dont Milena et Germain) pour chevaucher en direction de la Bourgogne où la Confrérie possédait un petit domaine. C’est là que j’ai accueilli Connor dans le courant de la matinée. Il a sans mal compris pourquoi nous ne les logions pas à Paris ; l’arrivée d’une quinzaine d’Assassins dans la capitale aurait été remarquée.

Le château était tout juste prêt à accueillir ses occupants lorsque la corne de l’éclaireur sonna ; ils arrivaient. J’étais quelque peu nerveux mais Milena semblait impatiente.

-Nous allons enfin rencontrer nos confrères des colonies.

Nous sommes tous descendus dans la cour, Germain, Milena et moi-même en tête. Les nouveaux venus ont ralentis leurs montures en passant le portail, certains regardant le château avec admiration. Un homme chevauchait en tête, bien droit malgré les années. Ses robes d’Assassin étaient immaculées, bien loin du bleu, gris ou noir traditionnels que nous autres portions. Un palefrenier est venu prendre son cheval alors qu’il mettait pied à terre avec souplesse et s’approchait de moi. Je lui ai tendu le bras et il l’a pris dans un salut à la romaine. 

-Bienvenue mon frère, nous sommes ravis de vous accueillir ici.

-Et nous vous remercions de votre invitation.

Plus chaleureusement, nous nous sommes fait une accolade, comme deux frères séparés par les années qui se retrouvaient enfin. Lui ne me connaissait pas mais, à travers les journaux de son père, j’avais le sentiment de le connaître depuis toujours.

-Nous nous rencontrons enfin Arno, m’a-t-il dit.

-Et c’est un honneur Connor. Venez, vous devez avoir faim.

Il hocha la tête et un murmure d’approbation parcouru ses hommes. Dans la grande salle à manger, tout était prêt pour leur repas. Chacun s’est installé à une place et ils ont commencé à manger. Il était encore tôt pour nous, les hôtes, aussi nous les avons laissés déjeuner tranquillement, chacun vaquant à ses occupations, certains restant discuter. Avec Germain et Milena, nous sommes montés dans le bureau, où nous avons étalés les cartes de l’Europe et de chacun des pays connus en attendant l’arrivée de Connor. Mon esprit ne pouvait s’empêcher de tourner en boucle. Shay Cormac, celui qui avait enlevé un père à son fils pour un simple artefact, celui que je m’étais refusé à poursuivre lorsque j’ai appris son existence et ce qu’il avait fait. Finalement, tout vient à point à qui sait attendre. Certes il devait être vieux désormais mais il s’était sans doute entouré, sinon Connor n’aurait pas prévu un si grand nombre d’Assassins pour cette simple mission. Le Mentor colonial fit son entrée dans la pièce. A présent que je pouvais le regarder attentivement, je remarquais que sa carrure était bien plus imposante que la mienne, il semblait bâti comme un ours malgré sa soixantaine d’années et ses yeux noirs étaient toujours féroces. Je comprenais sans mal pourquoi les Assassins coloniaux l’avaient choisi comme Mentor.

-Merci d’avoir accepté de nous aider, m’a-t-il dit dans un français parfait. J’ai appris ce que cet être a fait à ton père dans les journaux du mien, j’en suis désolée. Pourquoi n’as-tu pas cherché à te venger ?

-Si j’ai appris une chose au cours de ma vie c’est que la vengeance ne ramène jamais la personne qu’on a perdu, elle ne fait que causer plus de mal encore. Et puis tu es là à présent non ?

-Je comprend ton point de vue. Cet homme a fait beaucoup de mal aux Assassins, il a décimé la Confrérie Coloniale en ne laissant que mon Mentor Achilles Davenport debout sur des cendres. C’est aux noms de nombreux Assassins, dont ton père, que je compte mener cette mission et récupérer les artefacts volés.

-Et nous t’y aiderons avec toute la logistique dont tu auras besoin. Où se trouve ce Templier ?

Connor se dirigea vers la carte de l’Europe et pointa le nord des Alpes du doigt. La Bavière. Nous étions encore en pays allié, c’est déjà ça, mais pour combien de temps encore...

-Il vous faudra environ une semaine de chevauchée pour parvenir là-bas, je suis désolé que notre pied-à-terre soit si loin de vos objectifs.

-Ce n’est rien, il nous fait une coupure avec l’océan, la traversée n’a pas plu à tous les hommes.

-Le mal de mer n’est jamais agréable, dit Germain en riant. Mais ils vont vite reprendre du poil de la bête, c’est relativement plat par ici. Vous prendrez de l’altitude une fois le Rhin franchis puis ça restera globalement plat jusqu’à ce que vous atteigniez les Alpes. Je vais vous montrer.

Il montra au Mentor la route sur la grande carte puis passa à une plus détaillée pour lui exposer chaque changement. D’ici, ce n’était pas vraiment compliqué puisque les Alpes étaient plein est, le plus dur étant une fois dans les contreforts où les montagnes et les vallées s’enchainaient. Germain les connaissait bien puisqu’il était né et avait grandi dans ces montagnes.

-Que dirais-tu de les accompagner Germain ? Si Connor est d’accord bien sûr.

-Je suis d’accord, me répondit aussitôt l’intéressé, cet ancien monde est bien différent du nouveau, les repères changent complètement.

-Je vous serais bien plus utile pour vous guider qu’en vous montrant le chemin sur une carte, acquiesça Germain, c’est entendu je viens avec vous.

-J’ai par ailleurs amené avec moi quelques-uns de mes hommes qui connaissent les Alpes mieux que la France elle-même, ils pourront vous être utiles.

-J’accepte avec plaisir.

Tout fut réglé concernant le trajet. Pour le voyage en lui-même nous avions apporté de nombreuses provisions au château, en plus des armes et de la poudre présentes sur place. Connor refusa cette dernière, ces hommes préféraient utiliser des arcs plutôt que des fusils puisqu’ils avaient le mérite d’être silencieux. En revanche, il ne put refuser les lames fantômes que nous leur avions préparés. « Nos arcs à nous » lui ai-je dit en riant. Il trouva l’invention ingénieuse et la fixa à son brassard, par-dessus sa lame initiale. Nous leur avions également préparé un bon stock de lames, standards ou empoisonnées.

Lorsque tout leur fut présenté pour le voyage, les hommes purent faire véritablement connaissance, échangeant sur leurs cultures et la différence de leur mode de vie. Il fut prévu que le reste de mes hommes, Milena et moi-même nous rentrerions sur Paris dans les jours qui viennent. J’invitai Connor à venir me faire part de la réussite de sa mission directement au Quartier Général mais, prudence oblige, avec une poignée d’hommes seulement. Il accepta, promettant que nous nous reverrions bientôt.

Ce soir, pour la première fois, je ne suis pas à Paris lorsque j’écris ces mots sur mon passé.

J’ai accepté. Je suis retourné à la Confrérie et j’ai accepté de reprendre ma place. Ce dont j’avais le plus besoin pour parvenir à mes fins c’était d’être au cœur d’un vaste réseau, pouvoir agir à grande échelle plutôt que seul dans mon coin. Avoir l’étiquette ‘Maître Assassin’ plutôt que celle ‘Assassin déchu’ apportait également une plus grande crédibilité. En bref, le pour l’a emporté sur le contre, il me fallait juste afficher un masque et calmer mon tempérament.

Les Maîtres ont accueilli cette nouvelle avec… joie ? Je ne sais pas, ils ont juste semblé contents et soulagés. Bien sûr, ils ont quand même décidé que je devais payer mon insubordination de la dernière fois et je réintégrais donc les Assassins en tant qu’Apprenti, sous les ordres d’Arianne. Je me souviens qu’à ce moment j’avais repensé à notre combat de la veille.

-Tu devras lui obéir en toutes choses, elle sera ton Maître jusqu’à ce qu’elle décide du contraire.

Répondant à son sourire sadique par un sourire semblable, j’espérais bien prendre ma revanche. Puis j’ai baissé la tête en signe de consentement, profitant de l’ombre de mon capuchon pour reprendre le masque d’élève modèle. Arianne, elle, est sortie de l’ombre pour se place à côté de moi, légèrement en avant.

-Votre première mission sera d’enquêter sur la disparition de Maître Trenet. Elle a choisi de partir enquêter d’elle-même pour trouver le nouveau Grand Maître des Templiers et nous ne l’avons pas revu depuis. Toi qui as résolu de nombreuses enquêtes, Arno, tu devrais pouvoir résoudre celle-ci.

Voilà donc la raison de son absence. J’ai accepté la mission, ne pouvant m’empêcher de penser que, si elle avait été là, jamais elle n’aurait permis mon retour.

Avec Arianne, nous avons passé un mois à enquêter, fouillant Paris de fond en combles, à commencer par son domicile. Je ne l’aimais pas beaucoup mais je cherchais tout de même. En tant qu’Assassins nous avons déployées toutes nos compétences. Elle était partie trouver le Grand Maître, il était bien probable que celui-ci l’ai trouvé avant mais nous ignorions son identité. J’ai envoyé une brève lettre à Monsieur Weatherall qui avait été le protecteur d’Elise, il m’a répondu qu’il n’avait plus vraiment de contacts au sein des Templiers mais que, si quelque chose lui parvenait, il me le transmettrait, en l’honneur d’Elise. Si j’avais pu je lui aurais directement rendu visite mais, avec Arianne toujours dans mon dos, c’était impossible. Nous avons fini par la trouver, après plusieurs semaines d’enquête. Nous avions fouillé tout Paris hormis un lieu, un seul.

J’ai fini par conduire Arianne devant la porte de la crypte, sous le Temple.

-Pourquoi m’amène-tu ici ? m’a-t-elle demandé. Tu vois bien qu’il n’y a rien.

Bien sûr, elle ne voyait qu’un mur orné d’une gravure des Templiers là où je savais qu’il y avait une porte secrète. J’ai respiré profondément afin de calmer les tremblements de mes mains.

-Tu ne devras parler de ce lieu à personne, ni de ce qu’il contient.

-Pourquoi ?

-Je préfère qu’il en soit ainsi. Jure-le.

Je me suis tourné vers Arianne. Son regard est passé du mur à moi puis de nouveau au mur. Elle a inspiré un grand coup.

-Je le jure.

J’ai hoché la tête et activé le mécanisme d’ouverture de la porte. Arianne a eu un mouvement de recul avant de comprendre. Nous avons pénétré la crypte des Templiers, avec ses sarcophages et son ambiance toujours aussi morbide.

-Germain ! Il est ici ! s’est exclamé Arianne.

-Et il y restera.

Elle n’a rien répondu. J’ai continué à avancer vers les sarcophages placés en cercle et je me suis arrêté en la voyant. Maître Trenet était là, allongée sur l’un des tombeaux. Les mains croisées sur sa poitrine et son épée à ses pieds, elle ressemblait à un gisant. J’ai senti Arianne s’arrêter net derrière moi et son souffle s’accélérer.

-Maître Trenet… a-t-elle soufflé.

Elle s’est approchée du corps pour chercher un poult mais elle n’a rien trouvé. Elle est restée un moment ainsi, à regarder le corps du Maître, à réfléchir et la réaction à laquelle je m’attendais arriva. Elle s’est tournée vers moi :

-C’est toi qui l’a tué !

Je l’ai regardé. La colère dans sa voix et dans ses yeux indiquait clairement que, quoi que je puisse dire, elle ne m’écouterait pas. Je n’ai donc pas dit un mot, attendant simplement que ses pensées suivent leur fil et qu’elle comprenne.

-Tu as tué Germain et quand tu as vu qu’elle était sur tes pas, tu l’as tué aussi ! Après tout c’est elle qui a demandé ta radiation ! Pourquoi m’as-tu amené ici ?

Elle s’est tu, réfléchissant à la réponse de sa question. Je voyais dans ses yeux que la peur menaçait. J’ai voulu m’approcher mais elle a reculé alors j’ai simplement levé les mains, paumes vers elle.

-Je ne t’ai pas amené ici pour te tuer Arianne. Oui j’ai tué Germain, il faisait partie de ma quête, mais je n’en ai jamais voulu à Maître Trenet. (Cette partie-là n’était pas totalement vraie mais dire toute la vérité ne m’aiderait pas.) Si je t’ai amené ici c’est parce que c’est la dernière parcelle de Paris que nous n’avons pas fouillé. Je pensais être le seul à la connaître mais visiblement non.

Elle m’a regardé dans les yeux durant un long moment et je n’ai pas bougé.

-Très bien je te crois.

-Merci.

Elle s’est de nouveau tournée vers le corps et je me suis approché. Nous avons cherché des indices sur l’identité de son assassin mais rien n’avais été laissé au hasard, sa position le prouvait.

-Arno.

J’ai regardé Arianne. Elle venait de sortir un morceau de papier de sous les doigts croisés du cadavre. Elle le regardait mais me le tendit, elle semblait presque choquée, je l’ai pris et je l’ai lu à voix haute.

Aux Assassins qui liront ce message, bien que l’identité de l’un d’eux me soit évidente, prenez ceci comme un gage de mon désir de changer les choses entre nous.

Un nouvel ordre ne peut naître que de la destruction de l’ancien.

Il était simplement signé par le symbole des Templiers. La dernière phrase me rappela les propos de Germain au moment de sa mort mais je repoussai ce souvenir.

-Crois-tu que ce message provienne du nouveau Grand Maître ?

Arianne s’était rapprochée et, presque collée à moi, elle parcourut le message des yeux.

-C’est possible.

-Et celui dont il connait l’identité… c’est toi n’est-ce-pas ?

-C’est plus que probable mais c’est aussi un indice. S’il me connait il est probable que je le connaisse aussi.

-Tu as une personne en tête ?

-Pas encore. Je vais y réfléchir.

Elle a de nouveau regardé Madame Trenet, elle semblait vraiment perturbée par sa mort.

-Crois-tu que nous devrions la remonter ?

-Ramenons-là au Quartier Général. Elle mérite des funérailles décentes et, ainsi, personne ne reviendra ici.

J’ai rangé le message dans mon manteau tandis qu’Arianne prenait l’épée posée aux pieds du corps. Pour la deuxième fois, j’ai sorti un corps sans vie de cette crypte infâme et j’espérais ne jamais avoir à le refaire. Arianne s’est fait silencieuse durant la remontée mais je suis parvenu à la faire parler. Elle admirait beaucoup Maître Trenet. Elle était la seule femme du Conseil, aussi influente que ses frères au sein de l’Ordre et visiblement un modèle pour ma sœur d’armes.

Durant ce mois de recherche j’ai également reçu un colis mais j’ai bien sûr gardé cette information pour moi. Je ne m’attendais pas à un tel soutient de sa part mais, aujourd’hui, je sais qu’il m’a été plus qu’utile. Je crois que j’ai toujours quelque part la lettre présente dans le paquet :

Monsieur Dorian,

Je ne vous connais pas de vu et il en va de même pour vous mais nous avions une amie en commun : Mademoiselle Elise De la Serre. J’ai reçu une lettre écrite de sa main m’apprenant sa mort et cela m’a profondément attristée. Votre compagne était une jeune femme extraordinaire en tout point.

Elle m’a également fait part de son héritage envers vous, ses journaux ainsi que les objets que je lui avais moi-même transmis, m’affirmant que vous partagiez ses envies de paix. J’ose espérer que c’est toujours le cas.

Permettez-moi, afin de vous aider plus encore, de vous transmettre les journaux d’Haytham que son fils Connor m’a fait parvenir. Je n’ai pas eu l’occasion de parler avec lui mais il est bien probable qu’il ait également lu les journaux de son père avant de me les envoyer. Peut-être partage-t-il votre philosophie ? Si c’est le cas il est à même de vous aider dans votre quête puisqu’il a pris la tête des Assassins Coloniaux. Vous pourriez le contacter si besoin.

Je suis navrée que le destin ai voulu vous faire porter seul un si lourd fardeau.

En vous souhaitant bonne chance pour l’avenir,

Jennifer Scott

Je connaissais Jennifer Scott à travers les journaux d’Elise et, après lecture, à travers les journaux d’Haytham également.

J’ai lu les journaux d’Haytham, plusieurs fois même. J’ai presque reconnu mon enfance dans la sienne ; nous avions un père Assassin sans le savoir, père qui nous fut enlevé bien trop tôt, et nous avions été élevés par des Templiers. La différence étant que lui savait la nature de celui qui l’avait recueilli et moi non. Serai-je moi aussi devenu un tueur pour les Templiers si Monsieur De la Serre l’avait voulu ? Même si Monsieur voulait me parler des Templiers, je ne pense pas qu’il m’aurait demandé de tuer pour eux. Il était bien différent de cet homme dont parle Kenway, ce Monsieur Birch. Un passage dans ces journaux a également retenu mon attention ; un résumé du rapport de mission de 1776 d’un certain Shay Cormac qu’Haytham tenait en haute estime. Il y déclare que le Templier a bien récupéré un artefact du nouveau monde à Versailles sur le corps de l’Assassin Charles Dorian. Je crois que ma vue s’est brouillée en lisant ces mots et il m’a fallu un certain temps pour me rendre compte que je pleurais. J’avais sous les yeux le nom de la personne qui m’a arraché mon père, dix-huit ans auparavant. J’ai senti de la rage monter en moi, un puissant désir de vengeance que j’ai eu bien du mal à refouler. Il me fallait pourtant faire abstraction de cette information, me venger maintenant ne ramènerait pas mon père et surtout, elle ne m’aiderait pas dans la tâche que je m’étais assigné. C’est la vengeance qui a causé ma radiation de l’Ordre la première fois, je ne permettrai pas de perdre à nouveau quelque chose en son nom.

Quoi qu’il en soit, ces journaux m’ont permis une évolution dans le cheminement de ma pensée. Ils m’ont appris ce qui fonctionnait ou non, m’ont conforté dans l’existence de ‘degré’ parmi les Templiers, certains étant plus radicaux que d’autres mais surtout, ils m’ont permis de comprendre le point où la possibilité devenait pure utopie. La paix est possible, oui, mais il faut pour cela que chacun fasse des concessions sur sa philosophie. Nous devions équilibrer une balance très sensible.


Aujourd’hui, je suis en mesure de dire que le chemin vers la paix était semé d’embûches, et il le sera toujours bien sûr, mais nous sommes parvenus à un accord. Ce que je ne me doutais pas à ce moment-là,  c’est que je ne serais pas seul. J’avais perdu un être cher à mon cœur mais, égoïstement, je n’avais pas pensé que d’autres personnes étaient également dans cette position, que d’autres en avait assez de cette guerre interminable. Et je ne me doutais encore moins de leur nombre.

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