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Assassin's Creed

Fanfiction: La Vendentta del Figlio

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La Vendetta del Figlio

La Vendentta del Figlio est une fanfiction écrite par Linkpogo.


Lien de l'histoire complète

La Vendetta del Figlio


Synopsis

"Italie, XVIe siècle de notre ère. Quelques années après la chute des Borgia qui tenaient Rome d'une poigne de fer, la Confrérie des Assassins a encore beaucoup à faire! L'Ordre des Templiers n'est pas mort, loin de là et de nouvelles intrigues gagnent le reste de l'Europe... Ezio Auditore et ses Assassins poursuivent la lutte! Parmis ces femmes et hommes courageux se révoltant contre l'injustice, un jeune homme en particulier décide d'affronter ses fantômes du passé. "La Vérité s'écrit dans le sang", mais souvent cette Vérité dépasse le cadre de la seule vengeance: cette Vérité sera plus que cela. Suivons l'histoire d'un Assassin de la Fraternité du Maestro Ezio Auditore, suivons l'histoire de Matteo Andreoli."
[1]


MÉMOIRE 1

An de grâce Mille cinq cent sept, Gubbio, région de l’Umbria, péninsule italienne.

"Cela fait maintenant quelques années que Rome, ainsi que toutes les autres provinces d'Italie ne sont plus soumises à la terreur des Borgia, et cela s’en ressent dans la vie de tous les jours de tout un chacun. Mais nos ennemis les Templiers sont toujours présents, là à nous guetter et à sucer la moindre parcelle de vie des populations sous leur joug écrasant. Le Maestro affirme que nous n’avons — pour l’instant — rien à craindre de Giuliano della Rovere, alias le pape Jules II. Je suis du même avis que le Maître. Mais tout comme lui je me méfie de ce sodomite décadent et par extension de tout ecclésiastique, fut-ce n’importe quel rang qu’il occupe. En effet, depuis la chute de l’Espagnol et de sa famille damnée, d’autres Templiers se sont manifestés au sein de l’Église.
Mais aujourd’hui, ce n’est pas une cible que Maestro Ezio a désigné que je vais quérir, mais une tare qui s’inscrit plus personnellement dans Ma vérité."

- Eh oh ! uccellino* mio ! reviens parmi nous !
Le jeune Assassin fut tiré de ses pensées par cette voix qui appartenait à une femme. Il leva ses yeux vers elle ; elle mesurait une tête de moins que lui, ses cheveux noir ébène encadraient son visage fin et mutin. L’étincelle de vie dans ses yeux marrons dorés l’interrogèrent, perçant la pénombre qui engloutissait la moitié de son visage, pour cause la capuche de maraudeuse sur sa tête.
Ils étaient dans l’amphithéâtre romain au pied de la ville, où l’herbe régnait en maître sur la pierre, là où personne, ni badaud ni garde, ne pouvait en faire son sujet d’attention.
- Tu peux toujours abandonner cette entreprise et rentrer à Rome…
L’Assassin plongea ses yeux verts dans les siens, lui laissant lire sa détermination.
- …Ou faire ce que tu as à faire, conclu-t-elle.
- La messe dominicale va bientôt s’achever, je vais y aller. Tu ferais mieux de rentrer chez ta tante, Lisa.
Sur ces paroles, l’homme vêtu de blanc se mit en marche.
- Promets-moi juste de rentrer à Villa Col de’ Canali, et vivant ! lui lança-t-elle.
L’Assassin ne répondit pas et poursuivit son chemin vers la ville haute.
Gubbio était une ville très austère avec des pierres grises foncées, des rues étroites, et une architecture dite romane étagée sur cinq niveaux sur le flanc du mont Ingino. Les origines de la ville étaient très anciennes : nommée Iguvium, c'était une ville importante des anciens habitants d'Umbria dans les périodes préromaines, et était célèbre pour la découverte des Tables eugubines, un ensemble de pièces en bronze qui constituaient, réunies, le plus grand texte historique antique sur cette région. Après la conquête romaine du deuxième siècle avant Jésus Christ, la ville est demeurée importante, comme l'attestait encore son théâtre romain, le second en taille qui reste au monde.
La jeune femme quant à elle s’en alla par les champs, dans la direction opposée, faisant face au Monte Cuco, pour regagner leur village natal, tout en ayant une ultime pensée pour son ami.
"Bonne chance, Matteo ! Et reviens-moi vite !"


***


L’Assassin courait et sautait de toit en toit, un moyen de se déplacer dans la plus grande sécurité en évitant les gardes dans les rues et de dominer du regard et de surprise sa proie, tel un aigle dans le ciel scrutant le monde d’en bas avant de piquer et d’enfermer sa victime entre ses serres.
Il était enfin arrivé au niveau de l’esplanade, dominée par le Palais des Consuls, au-dessus de la Basilique Sant’Ubaldo. Il avait rapidement repéré et éliminé deux archers qui surveillaient les alentours par les hauteurs, se servant de ses couteaux de lanceraussi silencieux que précis.
Il atteignit finalement le toit de l’édifice administratif après quelques minutes, se perchant sur son clocher. Il était sûrement en avance, la preuve en était l’ombre de l’aiguille sur le cadran solaire accroché sur la façade adjacente.
Enfin après quelques instants les hautes portes de l’édifice religieux s’ouvrirent et une multitude de fidèles catholiques en sortirent. Il y avait aussi de nombreux gardes et soldats de la ville.
Matteo concentra son regard. Tout à coup son environnement visuel se modifia et le panorama devint entièrement sombre, jusqu’à devenir tout à fait noir. La foule en contrebas s’illumina comme d’innombrables lumières blanches, parsemée de quelques autres rouges ; les soldats. Enfin, parmi les religieux deux individus dont il connaissait l’importance se distinguaient ; ils brillaient d’une lumière plus intense, d’une lumière dorée. Le cœur du jeune maître assassin fit un bon énorme dans sa poitrine.
"I fratelli Montefeltro…"


***


Le chef du Conseil Gino Montefeltro se gratta la barbe brune qui recouvrait son menton. Son expression faciale trahissait son agacement. Il se retourna enfin vers le cardinal Sergio Montefeltro, son frère.
- Cela fait bien huit jours, huit long jours que ce morpione de Guido Malatesta n’est plus venu rendre son rapport !
- Cesse de maugréer mon cher frère, ce petit imbécile a bien dû trouver quelque passe-temps sur la route de Pesaro !
- Ne lui cherche pas des excuses ! ce maraud est une plaie ! depuis le début je l’ai dit et je le maintien, il nous faut un homme sérieux pour faire l’intermédiaire avec la capitainerie de Falconara !
- Pour si peu de chose…
- Pour si peu de chose ? Comment peux-tu qualifier cette relique ainsi, toi qui est consacré, qui plus est ?
- Cet artéfact censé être puissant…
- Il suffit, Sergio ! Des oreilles malintentionnées pourraient entendre notre bavardage !
Le vicaire regarda autour de lui. Personne alentour ne semblait épier leur conversation.
- Tu prends trop à cœur cette légende d’Assassins qui sèment le trouble un peu partout en Italie ; ce ne sont que des racontars transmis de soldat à soldat, des histoires de tavernes…
- Des histoires de taverne ? mon pauvre Sergio, sors un peu de ton fief ! Ces Assassins ne sont peut-être jamais venus ici, à Gubbio, mais ils existent réellement ! Ils ont fait tomber ces porcs de Borgia !
- Arrête, Gino ! Ce ne sont que des on dit ! Aucun homme ne peut entrer tout seul dans une forteresse comme le Castello Santo Angelo sans qu'aucun ne l’aperçoive et puisse décimer une vingtaine de gardes ! cesse de me casser les oreilles avec tes légendes ! rugit le cardinal.
- Dommage que tu n’y crois pas, mon frère, car le jour où ton heure viendra, il sera trop tard…
- Je rentre à mon logement maintenant, je suis épuisé. Nous nous réunirons à nouveau demain.
Le cardinal prit congé de son frère le Capo Consiglio qui lui se rendit au palais.


***


Matteo se décida à passer à l’action. Il avait repérés les frères Montefeltro mais malheureusement ils s’étaient séparés. Agissant seul, il devait choisir de prendre en chasse l’un ou l’autre, prenant le risque que le deuxième lui échappe. Tant pis. Il en aura déjà un aujourd’hui. L’Assassin redescendit la façade sud et s’introduisit dans le palais administratif.
Une fenêtre laissée ouverte donnait sur un couloir assez bien éclairé, dont le sol était garni d’un tapis ocre.
"Se frayer un chemin jusqu’au bureau du chef du Conseil…"
Il descendit deux volées d’escaliers, toujours tapis dans l’ombre. Les corridors intérieurs étaient moins ouverts, pour cela ils étaient plus éclairés par des chandeliers. Parfait. Cela rendait encore meilleure sa couverture de ténèbres. Au dernier croisement, qui donnait sur le couloir principal, il vit de loin Gino Montefeltro devant la porte de son cabinet.
- Vous deux, restez devant cette porte quoi qu’il se passe ! venez m’informer immédiatement si des nouvelles de Guido arrivent !
- Bien messere !
- Quant aux autres, je veux que vous renforciez les tours de garde dans tout le bâtiment ! personne ne rentre dans le Palais sans mon autorisation ! encore moins un Assassin !
Sur ces dernières directives, il pénétra dans son bureau et s’enferma à double tour.


***


Matteo avait attendu une heure derrière cette armure décorative, attrapant crampe sur crampe, le temps d’étudier le tour de garde des soldats. Il aurait pu plaindre les deux gardes debout devant la porte, mais c’était rien comparé à ce qu’il allait leur faire.
"Reposez en paix."
Sur cette pensée, il décocha une fléchette dont la pointe était imbibée de poison dans la nuque du garde le plus proche de lui. Ce dernier ne tarda pas à se sentir mal. Il titubait, provoquant l’inquiétude de son coéquipier.
- Luigi, que t’arrive-t-il ? cesse donc de t’agiter !
Le malheureux ne répondait guère, crachant du sang et s’écroulant par terre, le corps tout entier parcourut de spasmes.
- Je vais appeler quelqu’un ! À l’aid…
Il ne termina jamais sa phrase, coupé court par un couteau planté dans la glotte. Matteo retira le coutelas et s’en servit pour abréger les souffrances de l’empoisonné. Maintenant, il ne lui restait guère que quelques instants pour accomplir la moitié de sa vengeance…
La porte, très bien fermée, était le dernier obstacle. Fermée de l’intérieure et pas le temps de faire le tour à l’extérieure pour briser la vitre.
L’Assassin sortit une petite sacoche de poudre d’une poche de sa ceinture, celle qu’il utilisait dans ses fumigènes, il en versa une certaine quantité dans la serrure. Puis il gratta une pierre à étincelle qui alluma une mèche qu’il avait coincée dans la serrure auparavant et quand la poudre explosa, l’accès fut libéré.
Matteo devait se dépêcher, le vacarme de l’explosion devrait faire rappliquer la garde en quatrième vitesse. Quand il entra dans le bureau somptueusement décoré, il trouva Gino assis dans son confortable fauteuil, l’air serein.
- Je savais que ce jour arriverait, Assassino. Je suis sans aucune défense, à ta merci.
Matteo contourna le bureau et se tint devant le chef du Conseil.
- Avant que je ne te fasse quitter la lumière du jour, je voulais que tu saches pourquoi je suis ici. Ce n’est pas mon Mentore qui m’envoie, mais c’est pour accomplir le dessein qui me tient le plus à cœur que je suis ici aujourd’hui.
- Serais-tu venu ici comme âme vengeresse ? demanda le gras personnage.
- En effet. Malheureusement pour moi, tu n’as pas l’air de me reconnaître, il est vrai que le son de ma voix a changé en dix années. Alors laisse-moi me présenter en tant que vengeur d’Angela et Antonio Andreoli, les tanneurs de Gubbio !
Gino Montefeltro écarquilla les sourcils. Il se souvenait à présent.
- Mais tu es… ! Matteo ! le petit Matteo !
L’Assassin perçut des bruits de pas se rapprocher. Sans hésiter il fit apparaître sa lame secrète qui sortit dans un chuintement métallique et l’abattit dans la glotte de sa dernière victime. Les globes oculaires du Capo Consiglio semblaient vouloir s’échapper de leurs orbites, devenant vitreux. Il mourut rapidement, sans le moindre bruit ou mouvement. Seul un filet de sang s’échappait de la commissure de ses lèvres, après quelques tressaillements dans ce geste naturel de recherche de manque d’air.

Matteo l’avait fait ! Un nouveau pas, le début de sa quête personnelle ! Il ne put empêcher une larme s’échapper de son œil droit mais il l’effaça rapidement de sa main libre, affichant une première émotion sur son visage depuis qu’il était en ces lieux : de la colère mélangée à de la tristesse et de la satisfaction. L’Assassin lui ferma les paupières.
- Requiescat in pace !
Il lâcha le corps sans vie de sa victime, il devait faire vite, il entendait l’agitation provenant du couloir. Il ouvrit la fenêtre et s’enfuit, juste au moment où les gardes apparurent dans la pièce.
- Assassino ! sonnez l’alarme, vite ! à l’Assassin ! le conseiller Montefeltro a été assassiné !


***


Matteo parcourait à toute allure les toits de la ville, pour échapper à ses poursuivants. Les cloches de la ville tintaient pour donner l’alerte. Derrière lui, une dizaine de soldats légers entraînés à la poursuite le talonnait.
Mais l’expérience parlait plus et il réussit à disparaître de leur champ de vision. Juste assez de temps pour sauter les dix mètres qui le séparaient du sol. Il atterrit dans un tas de foin en contrebas, y restant caché à la barbe des soldats à proximité.
- Mais où a-t-il pu bien passer ?! on l’a contourné exprès pour le cueillir ici ! râla l’un d’entre eux.
- Il ne s’est tout de même pas envolé ! protesta un autre.
- Par ici vous autres ! furent-ils appelés.
Ils s’éloignèrent, suivant d’autres gardes, quittant la ruelle. Tous sauf un. Le dernier soldat regardait ce tas de paille suspect depuis quelques instants et avait fait fi de l’appel de ses camarades ; il avait la furieuse envie d’y planter son épée qu’il avait dégainée. Mais l’Assassin fut le plus rapide. Surgissant comme un serpent de sa cachette il embrocha la poitrine du malheureux et l’attira dans la paille. L’homme vêtu de blanc cacha le cadavre soigneusement et s’en alla incognito.


***


Finalement il regagna l’amphithéâtre désaffecté pour y retrouver sa monture qui l’attendait tranquillement. Mais quand il saisit les rennes du cheval il sentit une pointe froide s’appuyer dans sa nuque, qui le fit s’arrêter dans son mouvement.
- C’est fini, Matteo.
Le susnommé se retourna et fit face à trois individus vêtus d’accoutrements blancs similaires au sien.
- Kader, Laura et Emmanuela…
Celui qui lui avait parlé avait la peau cuivrée et un air aussi sérieux et calme que sa mission lui commandait. Les deux autres étaient des femmes. La première était tout aussi froide qu'extrêmement belle, malgré sa capuche couvrant sa chevelure d’or. Aucun son ne sortit de sa bouche. Quant à la deuxième, elle baissa les yeux quand ceux de Matteo croisèrent les siens.
- Je suis désolée, Matteo. Nous sommes obligés de t’arrêter. Ne m’en veux pas, c’est déjà assez dur de te regarder en face…
- Je ne t’en veux pas, Emmanuela. Tu as fait ce que tu devais faire.
Il regarda à nouveau ledit Kader.
- Le Mentor veut à tout prix qu’on te ramène à Rome. Je ne t’attacherais pas les mains, ce serait évidemment inutile.
- Evidemment…
- Kader, il faut se mettre en route, les soldats risquent de rappliquer. Finit par dire la blonde.
- Alors en route ! ordonna le chef du groupe.
Matteo savait ce qu’il risquait en agissant de son propre chef, sans en avertir le Maître. Et il savait ce qui l’attendait une fois rentré à Rome…


Notes du chapitre

  • Uccellino : oiseau
  • Tous les lieux cités et décrits dans ce chapitre, comme Gubbio, Villa Col de' Canali, le Monte Cucco, etc. sont réels.

MÉMOIRE 2
Laura di marzo by linkpogo.png

Laura di Marzo

Rome, deux jours plus tard. Île Tibérine, quartier du Centro.

Matteo se trouvait dans cette grande salle où jadis il avait été officiellement investi du titre d’Assassin il y avait maintenant deux années. Elle avait toujours le même aspect semi-lugubre et toujours la même décoration inchangée depuis des années : de longs tapis rouges ornés de motifs, des tentures de la même couleur avec le symbole des Assassins brodé au fil d’or dessus, le tout éclairé par plusieurs chandeliers à quatre ou cinq branches dont la lumière était en partie absorbée par les épais murs de pierre.
Toute la Fraternité était présente mis à part deux apprentis qui étaient actuellement en mission dans le Royaume de France. Étaient présents les sept autres Maîtres Assassins et les dix apprentis qui n’étaient pas en mission. Enfin le Maestro était quant à lui sur l’estrade de pierre, contemplant tout d’abord l’assemblée, puis plus particulièrement le jeune homme debout au milieu de la salle, au centre des autres qui étaient rangés côte à côte de part et d’autre du grand tapis.
Le jeune homme tremblait de froid, malgré les braseros — cette salle, la plus basse du bâtiment, se trouvant au sous-sol, n’avait jamais été gagnée par les rayons bienfaisants du soleil comme Phœbus accordant sa bénédiction aux humains en son temps ; seule la faible lumière des chandelles chassait les ténèbres — mais Matteo arrivait à se contrôler de telle sorte que quiconque ne devine ses spasmes.

- Matteo, tu as trahi ma confiance et celle de tes camarades. Par ton comportement égoïste, tu aurais pu non seulement perdre ta vie inutilement mais aussi payer ta sottise de la vie de quelques-uns de tes fratelli ! Tu n’as pas respecté le Credo !

Le blâmé ne répondit pas. Premièrement parce qu’il n’en avait l’envie, deuxièmement car parfois, se taire était la plus judicieuse des choses à faire.
Pourtant les autres attendaient tous qu’il se justifie. Evidemment, personne n’oserait le contraindre à ce qu’il obéisse, si ce n’était le Mentor. Ce dernier pourtant ne voulut le sermonner davantage. Le jeune Andreoli risqua à relever les yeux : tel un roc, Ezio Auditore se tenait debout sur l’estrade devant lui. Aux traits de son visage, il pouvait lire la maturité et la sagesse de ses quarante-huit ans vécus, le tout renforcé par ses yeux marron qui avaient vus bien des combats et des atrocités, bien plus que des joies.

- Hors de ma vue. Qu’on l’enferme dans sa chambre. Peter, je te confie la tâche de garder sa porte. Emmène-le.
- Bien Meister Ezio.

Ledit Peter inclina la tête respectueusement et précéda Matteo qui le suivi docilement. Il était le plus grand de tous les Assassins, en taille et en carrure, mesurant deux mètres cinq, ce qui était extrêmement rare. Il portait dans son dos une immense épée espadon, le seul vestige qu’il avait gardé de son ancienne vie de garde Suisse* au service du Pape. Le jeune Assassin en savait très peu sur lui, mis à part qu’il était âgé de trente-neuf ans et qu’il avait quitté son ordre quelques années plus tôt, ne supportant plus la débauche de la Papauté sous Borgia et avait rejoint un groupe de mercenaires. Puis finalement il avait accepté de rejoindre le Maître.

Ezio Auditore confia les ordres de missions à Abdelkader qui se mit à les distribuer à chacun, selon sa mission. Puis ils s’en allèrent tous. Tous sauf une. Elle était la plus grande des femmes Assassins, ses cheveux couleur châtain attachés en queue de cheval basse reposaient sur son épaule droite. Ses yeux verts se posèrent sur son Maître qui lui tournait le dos, sûrement plongé dans ses réflexions, comme souvent. Elle se permit de rabattre sa capuche blanche en arrière et fit quelques pas hésitants en avant.

- Maître, je n’ai pas eu d’ordre de mission. Je…
- Oui, en effet, Nina. J’ai à te parler.

L’Assassine ouvrit la bouche mais la referma aussitôt, jugeant que les questions étaient inutiles pour l’instant. Pourtant elle n’avait qu’une petite idée du sujet de conversation qui allait être abordé ; c’était à coup sûr à propos de Matteo.

- L’apprentie Emmanuela m’avait indiqué que ton frère avait quitté Rome sans m’en informer et qu’il se rendait à Gubbio. Alors je l’ai immédiatement mise à sa poursuite, sous le commandement de Kader et de Laura, malgré la demi-journée de retard sur lui.

Ezio Auditore se retourna enfin pour lui faire face.

- Finalement, reprit-il, cinq jours après, quand ils sont tous revenus, Kader m’a informé des exploits de ton frère. Il a assassiné le chef du Conseil de Gubbio, Gino Montefeltro.

À ce nom, les yeux de la femme s’écarquillèrent une fraction de seconde, mais elle tenta de rester impassible. Elle ne savait pas comment réagir, exprimer une certaine satisfaction ou alors, passer outre des sentiments dont elle avait peur qu’ils l’entravent ?

Seulement cela n’échappa pas au chef de la Fraternité qui semblait la percer de son regard qui se voulait inquisiteur. Il frotta sa moustache à l’endroit de la cicatrice qui barrait sa bouche, une sorte de tic qu’il avait depuis toujours.

- Je suppose que ce nom ne t’est pas inconnu.

La belle femme brune baissa les yeux, fixant les motifs du tapis, se remémorant de vieux souvenirs qu’elle n’oublierait sans doute jamais.

- Non, en effet. Et je sais aussi pourquoi il l’a assassiné.
- Car il était un Templier ? pourtant je n’en ai pas donné l’ordre.
- Non, le fait que cet… homme était un des ennemis jurés des Assassins n’est qu’une heureuse coïncidence.
- Alors pourquoi l’a-t-il éliminé ? tu dois le savoir, j’attends ta réponse.
- Parce que cet homme a fait partie des commanditaires de la mort de nos parents.

À ces mots-là, l’Auditore eu de la compassion et de la compréhension à l’égard de son protégé qu’il avait consigné dans une des chambres hautes du repaire, cette compassion qui remplaça son incompréhension et sa colère précédente, malgré qu’il ait le don de rester calme.

- Mais mon frère n’est qu’un idiota testa dura ! je lui avais déjà sommé de laisser cette stupide histoire de vengeance qui ne faisait que le faire souffrir ! à plusieurs reprises !

À ce mot vengeance, bien des images qu’il pensait révolues lui revinrent devant les yeux. Le Maître scruta le visage de la belle tueuse, déformé par l’irritation. Il la fixa avec un sentiment de pitié. Comment pouvait-elle dire de telles choses ?

- Ce sera tout, Nina. Tu peux te retirer. Va rejoindre Abdelkader et les autres.
- Bien Maître. Je vous remercie.

Elle inclina la tête et prit congé de son chef.
Ezio attendit qu’elle soit partit.

- Ma pauvre enfant, comme tu as tort. Ne t’ai-je pas enseigné que la Vérité s’écrit dans le sang ? ton petit frère a eu raison d’agir ainsi, même s’il a agi maladroitement. Dit-il dans la solitude de la salle.


***


Matteo ne supportait pas d’être enfermé dans cette chambre. Il aimait trop la liberté et les grands espaces. C’était la seule pièce du repère qui comprenait des barreaux, qui plus est en métal à la fenêtre. Elle était rarement utilisée pour séquestrer des individus lors de missions. Aujourd’hui, c’était lui qui était enfermé. Il aurait pu se justifier, mais il avait préféré garder le silence, estimant que cette affaire ne le concernait que lui. Même pas sa sœur, vu qu’elle s’en moquait.
Il était assis sur le lit inconfortable. Il ne pouvait qu'attendre.

Finalement le soir arriva, témoin la lumière solaire qui faiblissait et le tumulte des citoyens alentours s’étouffant de plus en plus.
Il entendit des bruits de pas dans le couloir. Puis le son d’une clé dans la serrure, tournée et la porte fut déverrouillé. Le panneau de bois s’ouvrit sur une silhouette qu’il ne pensait pas voir de sitôt. C’était le Maître en personne qui lui apportait son repas ! Ezio lui tendit le plateau d’argent où trônaient une miche de pain, une pomme, une assiette de légumes et une tranche de jambon. Il lui tendit ensuite une petite carafe d’eau.

- Mange.

Le jeune homme obtempéra tout en le remerciant d’un signe de tête. Le Maître posa une chandelle sur la table en bois près de la fenêtre.

- Peter, tu peux disposer. Matteo n’est plus consigné à présent.

Le colosse répondit par un borborygme qui était sans doute un mot prononcé dans sa langue germanique puis les lourds pas dans le couloir indiquèrent qu’il s’en alla. L’Auditore retourna son attention sur le jeune Andreoli.

- Ta sœur m’a rapidement indiqué le motif qui a guidé ta pensé et ton bras.

Matteo posa sa carafe sur le plateau après avoir bu une gorgée.

- Vous savez maintenant pourquoi j’ai agi ainsi. Même si vous me jugez stupide et irresponsable, et que vous me dégradiez du rang de Maître Assassin, cela m’est égal.

Le Maître ne répondit pas tout de suite, mais ses yeux étaient remplis de compréhension. Ce que le jeune homme ne manqua pas de remarquer.

- J’ai eu tort de te blâmer tout à l’heure, Matteo. Mais je ne connaissais pas tes motivations à ce moment-là.

Matteo croyait qu’il n’avait pas bien entendu. Son Maître était-il en train de lui présenter ses excuses ?

- C’est tout à fait compréhensif que tu as voulu laver l’honneur de ta famille, et de venger tes parents. Mais il ne faut pas oublier avant tout ses amis, ses camarades.
- Qu’est-ce que vous en savez ? vous avez sans doute perdu des êtres chers vous aussi, si vous me parlez ainsi.

Les yeux d’Ezio le regardaient vaguement, empreints de nostalgie.

- Oh oui, mon cas était similaire au tiens. Ma famille avait été victime d’une conspiration atroce, mon père et mes deux frères ont été exécutés comme de vulgaires criminels et ma mère, ma sœur et moi avons été contraints de fuir Florence comme des parias.

Le jeune Assassin l’écoutait sans mot dire. Il avait cessé de manger.

- J’ai enfilé le même accoutrement que tu portes aujourd’hui, je n’avais que dix-sept ans, et j’ai finalement fait vengeance. Comme toi — seulement la guilde des Assassins en Italie comme tu la connais n’existait plus à l’époque depuis longtemps, c’est moi qui l’ai reformée, notamment en rassemblant ses membres et en recrutant de nouveaux partisans — Je n’avais de compte à ne rendre à personne. Mais je ne savais pas à quel point ce complot impliquait de plus grand, puis j’ai été guidé par mon oncle Mario et Macchiavelli.
- L’écrivain !
- En effet. Il fait partie des Assassins lui aussi, mais n’a plus beaucoup de contacts avec nous depuis que j’ai pris la tête de la Confrérie entière. Mais c’est à toi de me raconter ton histoire ! chacun de nous a subit une injustice ou l’autre au court de sa vie !

Le jeune Assassin n’était en réalité pas très disposé à déballer son passé. Mais il devait beaucoup à Ezio Auditore et aux Assassins, et il ne voulait pas les abandonner.

- Sache que tu es un homme libre, un ami et un allié, et si tu ne veux pas parler de ton passé, je ne m’en offenserais pas. Libre à toi…
- Non ! non. Je vais… je veux vous raconter ! s’exclama le jeune brun. De toute façon je pense que ça m’ôtera un poids de me confier à vous…


***


An de grâce Mille quatre cent quatre-vingt-dix-sept, Villa Col de’ Canali, à une demi-journée de Gubbio.

Antonio Andreoli était le tanneur le plus réputé de Gubbio et des alentours. Il était un homme s’efforçant d’être juste et bon chrétien, il aimait sa femme Angela et ses deux enfants, Nina, son aînée de dix-sept ans et le petit Matteo de douze ans.
L’homme était un maître ouvrier trapu et bien fort, maniant le cuir comme personne d’autre et confectionnait des vêtements, des capes et des bottes comme aucun autre.
Il finit de charger le chariot avec les sacs de grains à côté des jambons et s’essuya le front.

- Angela ! il est temps de partir ! appela-t-il. Dis aux enfants de venir !

C’était la quatorzième heure de la journée. Il était temps de partir pour être rentrés à la ville à la tombée de la nuit.
La fille du tanneur rejoignit rapidement son père, dès qu’elle avait entendu sa voix. Tandis que sa mère était encore dans la maison de sa cousine, celle qui leur donnait des produits du terroir local en échange de quelques vêtements en peau. Angela monta au deuxième et dernier étage, là où elle était sûre de retrouver son fils. Elle entra dans cette chambre et sourit en le voyant assis sur le bord de la fenêtre à côté de la petite fille aux cheveux noirs.

"Ils sont si beaux et innocents ces deux-là ! J’espère que ça va durer." Se dit-elle.

La petite fille se prénommait Lisa, c’était l’enfant de sa cousine Anita. Elle s’entendait à merveille avec Matteo et était contente de le retrouver à chaque fois que la famille Andreoli montait au village pour récupérer des denrées une fois tous les deux mois.
Son père avait été emporté par la maladie alors qu’elle n’était qu’un nourrisson, elle ne vivait qu’avec sa mère et sa tante Silvia.

- Matteo ! allez viens ! il est temps de rentrer à la maison.

Le petit d’homme fit la moue, la mine dépitée.

- Ne t’en fais pas ! on se reverra bientôt ! promis la petite fille.

Elle se leva et il l’imita. Puis elle lui déposa une bise sur la joue et lui dit au revoir. Enfin le garçonnet suivit sa mère en dehors de la maison.
Les Andreoli étaient enfin au complet. Ils étaient tous installés sur le chariot et le chef de famille tira les rennes du cheval de trait pour le faire avancer.

- Arrivederci ! lancèrent en chœur Anita, Silvia et la petite Lisa.

Les Andreoli leur répondirent de la main et finalement quittèrent le village.


***


Deux jours plus tard.

Nina rentrait de l’école de la ville, tenant Matteo par la main. Les deux enfants arrivaient dans la rue montante où se trouvait leur maison, à flanc de colline comme toutes les autres, serrées les unes contre les autres.

- Mais lâche-moi ! le Père Sparviero t’a déjà dit que je n’étais plus un bambin !
- Calme-toi, Testolina* ! il a aussi dit que tu étais encore immature !
- Ça veut dire quoi "immature" ?
- Ça veut dire que t’es encore un bambin !
- Méchante !

Les deux enfants entrèrent dans l’atelier de leur père en riant pour l’une et jurant pour l’autre. Ils furent néanmoins vite sommés de faire silence par leur mère qui leur intima de monter dans leur chambre. Quand ils passèrent par la cuisine, la pièce principale, ils remarquèrent un inconnu qui s’entretenait avec leur père. Ils virent juste ses cheveux longs et ondulés, bruns tirant progressivement vers le gris ; il devait être âgé d’au moins cinq décennies. Mais ils ne purent s’attarder car leur mère les pressait de monter.

- C’est qui cet homme étrange ? demanda la grande sœur.
- J’n’en sais rien ! et je m’en moque !
- Pourtant on devrait savoir ! insista la fille.
- Laisse-moi Nina ! mêle-toi de ce qui te regarde !
- Et si ce maraud avait une grosse bourse avec lui ? ça ne t’intéresserait pas de lui chiper quelques sous ? demanda naïvement la sœur.
- Tu crois ?

Elle sourit à sa victoire. Son petit frère ne résistait pas à l’envie de commettre des farces.

- Allez viens ! on va les épier discrètement, en se tenant en haut des escaliers !
- D’accord !


Les deux compères sortirent de leur chambre et firent ce qu’ils avaient prévu. Du haut des marches, ils avaient en effet de quoi entendre toute la conversation.

- … mais Antonio ! Tu ne comprends pas ! Cet artéfact est très important ! Même plus important que ma vie, ou la tienne ! ou même celle de tes enfants !
- Arrête de dire de telles choses, coglione de Rocco ! tu fais peur à ma femme !
- Excuse-moi, Antonio. Mais ces hommes ne doivent pas mettre la main dessus. En aucun cas !
- Cela ne nous concerne pas. Ecoute, je veux bien te loger ici jusqu’à demain, mais après tu devras partir !
- Je te remercie, même si je suis un peu déçu.

Les deux enfants avaient sursauté en entendant leur père crier de cette façon. Jamais il ne s’était emporté de la sorte. Il avait encore le visage rouge de colère, tandis que ce Rocco était entré dans la petite pièce où leur mère l’invita à loger pour la nuit.
Nina et Matteo préférèrent regagner leur chambre, heureusement que la mamma ne les avait pas repérés.


***


Le lendemain soir.

Le Père Sparviero avait piqué une colère. Ce jour-là, Matteo ne tenait pas en place, il enchaînait bêtise sur bêtise, faisant rire les autres élèves, faisant monter l’ire du professeur.

- Quand papa et maman sauront quel a été ton comportement, tu vas passer un sale quart d’heure !
- N’en rajoute pas ! déjà que le Père viendra demain pour parler à papa, t’as pas besoin de leur raconter aujourd’hui !
- Oh, ce n’est pas moi qui vais me faire gronder de toute manière…

Ils entendirent des cris de soldats et des hennissements, tout ceci à proximité de la maison.

- Mais qu’est-ce que…

Nina ne put terminer sa phrase qu’une main se colla sur sa bouche, ainsi qu’une autre sur celle de son frère. Un homme les tira dans une ruelle sombre, heureusement personne ne les avaient vus.

- Tanneur ! où est la relique ?
- Je ne vois pas de quoi tu parles, Gino.

Antonio Andreoli était tenu par deux gardes, tandis que leur capitaine, un homme à la solde de Cesare Borgia, le questionnait à l’instar d’un inquisiteur.

- Tu oses te moquer de moi, Gino Montefeltro ? tu n’es qu’un pazzi !
- Tu ferais mieux de filer vers ton maître Borgia, Gino. Un jour le peuple va se soulever pour renverser les opportunistes comme toi et ton frère le faux dévot ! lança le tanneur tel du venin.

Le pauvre artisan se prit un coup de poing de la part du capo, qui le fit ployer.

- S’il te plait, Antonio, évitons les bains de sang ! dis-moi où est passé cet homme !
- Plutôt mourir. Vous ne gagnerez jamais !

Un nouvel individu était arrivé, accompagné d’une garde personnelle. C’était un évêque.

- Ah, fratello mio !
- Gino, que se passe-t-il ? as-tu récupéré ce que nous cherchons ?
- Sergio, c’est cet homme qui ne veut pas révéler où est partit celui qui nous a volé la relique.
- Imbeccile ! Il faut faire mourir les hérétiques s’ils ne se repentent pas !

Sergio accompagna ses paroles en tirant l’épée de son frère de son fourreau et la planta dans le ventre du malheureux tanneur.

L’homme qui retenait les enfants Andreoli, qui n’était autre que Rocco, dut garder ses mains serrées très fort pour étouffer leurs cris et qu’ils ne courent pas vers leur père assassiné. Il sentait les larmes des deux enfants tremper ses mains. Il décida en outre de les forcer à ne pas regarder quand les bourreaux empalèrent aussi Angela Andreoli.

- Venez les enfants. Chuchota-t-il. On ne peut plus rien faire pour eux.

Puis il les emmena loin de Gubbio, quittant la ville à la faveur de la nuit tombée.


***


Matteo avait fini son repas. Dehors, l’astre lunaire projetait un halo blafard sur la ville millénaire. Son récit et ces derniers évènements avaient rouvert une plaie en lui. Mais il voulait en parler à son Maître, ça le soulageait son fardeau.

- Tu as eu une vie difficile depuis. Je te comprends. Dit simplement Ezio.
- On se ressemble.
- Oui. Sur bien des points. Allez, repose toi maintenant, il est tard.
- Mais je ne vous ai pas tout raconté !
- On verra çà demain. Il faut dormir maintenant. Je te confierais une mission également.
- Bien Maître.

L’Auditore quitta la chambre, laissant son élève se coucher. Il descendit à son bureau. Ce récit le faisait réfléchir.

"Un artéfact ? Ou une relique ? Si les frères Montefeltro sont près à tuer pour ça, c’est que c’est assez important… de plus, s’ils étaient à la solde de Cesare Borgia…"

Le Maestro s’installa sur le siège du bureau et souffla la chandelle. Il fallait se reposer, une journée chargée les attendait.


Notes du chapitre

  • Peter Vogt : c’est le nom d’un véritable lutteur suisse.
  • Garde Suisse : Vous vous souvenez de ces soldats portant une armure sombre, grands et très forts dans le jeu ? Eh bien je me suis documenté et j’ai découvert que Ubisoft s’est permit quelques libertés, car la Garde Suisse a été créée par le Pape Jules II, et non de Rodrigo Borgia, alias le Pape Alexandre VI son prédécesseur. L’espadon que porte Peter est une grande épée que les gardes Suisses portaient parfois.
  • Testolina : p’tite tête.

MÉMOIRE 3

Quartier Campagna, le lendemain matin.

Emmanuela avait grimpé agilement dans le pommier, se tenant sur une épaisse branche elle cueillait quelques fruits pour le voyage. Ce larcin en plein début d’après-midi ne semblait même pas déranger la famille de paysans qui regroupaient en tas l’herbe séchée de la parcelle de champ en jachère pour en faire du fourrage destiné aux bêtes de somme. En effet quelques disciples Assassins comme Emmanuela avaient défendus leurs pommiers trônant au centre de leur parcelle de champ et leur hameau d’une attaque de brigands l’an passé, donc ils étaient ravis de laisser la jeune apprentie récolter quelques fruits dorés.
Matteo, assis sur une murette à la lisière du champ, contrôlait que son brassard en cuir contenant sa lame secrète était bien fixé, un geste quasi-inutile mais qui s’était transformé en tic quotidien. La murette baignant dans le soleil, elle était chauffée par les rayons de l’astre tutélaire. Le jeune Maître Assassin écoutait la mélodie des insectes butineurs et des différents oiseaux ; les corbeaux qui croassaient et les moineaux piaillaient. Parfois un rapace dans le ciel entièrement bleu faisait du surplace, battant de ses ailes puissantes la colonne d’air chaud, échappant de temps à autre un cri perçant en guettant patiemment un quelconque petit rongeur explorant imprudemment l’étendue campagnarde. L’Assassin confirmé, après avoir vérifié le bon fonctionnement du système de sa lame rétractile, baissa sa capuche blanche qui ondula à cause d’une légère onde de vent, puis il ébouriffa ses cheveux châtains foncés et courts. Puis il scruta à côté de lui à quelque distance, sa coéquipière Laura, la beauté froide et dangereuse. La blonde restait un mystère pour lui, comme pour la majorité des autres Assassins. Tout ce qu’il savait d’elle c’est qu’elle avait fui un mariage arrangé à Milan qui ne lui plaisait pas et que, venue se réfugier à Rome, elle avait eu des déboires avec des soldats des Borgia et que le Maître l’avait aidé et par la suite enrôlée.
Cette femme qui montrait rarement ses émotions, faisait tomber son masque quand elle était en présence d’animaux. À cet instant, elle tenait dans ses bras un chat gris docile qui lui mordillait affectueusement le pouce entre deux ronronnements, alors qu’elle le caressait. Le petit félin aux yeux dorés tournait la tête à chaque grattouille, sur le sommet du crâne, ses poils rebroussés, sur ses fines oreilles, sous son menton blanc ou encore sous son ventre doux. Les yeux bleus de la femme pétillaient tandis que quelques-unes de ses mèches blondes dépassant de sa capuche frémissaient au gré du vent chaud et doux.
En effet, son comportement quasi-maternel tranchait vraiment avec les autres fois où il l’avait observé trancher une jugulaire, percer un poumon avec une dague ou encore décocher un carreau d’arbalète dans la tempe d’un soldat — le tout sans hésitation — et parfois même sans cette précieuse formule de réconciliation avec les ennemis, Requiescat in pace.
Ses yeux croisèrent ceux verts de Matteo puis lentement son sourire s’effaça. Elle déposa gentiment le félin sur le bout de la murette et lui accorda une dernière caresse. Puis elle s’approcha de l’Andreoli.

- Le Maître ne va plus tarder à présent. Dit-elle simplement.

Matteo se leva de la murette en pierres et atterrit au sol en soulevant un peu de poussière. Il mit ses mains en porte-voix et appela leur troisième équipière.

- Emmanuela ! Cria-t-il. Viens maintenant, on va y aller !

La discepola* sauta de son arbre et courut les rejoindre. Ils regagnèrent le sentier proche après avoir salués les paysans d’un signe de main, retrouvant leurs chevaux qui les attendaient tranquillement, attachés à une rambarde en bois. Ils défirent les liens et grimpèrent leurs montures quand ils entendirent le claquement de sabots qui trahissait le trot d’un autre équidé s’approchant. Ils levèrent les yeux et contemplèrent, dans son habit blanc et rouge typé noble, Il Mentore Ezio Auditore, qui dégageait un charisme intimidant mais qui inspirait confiance. Il arrêta son cheval en face d’eux et les regarda tour à tour. Les trois jeunes gens inclinèrent légèrement la tête avec respect tout en frappant leur poitrine de leur main gauche, en signe de loyauté.

- J’espère que vous vous êtes bien préparés pour ce voyage. Dit le chef des Assassins.
- Nous sommes prêts ! Répondit simplement la blonde.
- Bene. Alors en route vers Pise ! Ordonna-t-il.

Ils enfoncèrent leurs talons dans les flancs de leurs bêtes qui dans un hennissement passèrent la porte dans la muraille qui entourait la ville millénaire, puis ils cavalèrent vers le nord, vers la Toscane.


***


Le voyage devait durer quelques jours. La première nuit, s’étant arrêtés au pied d’une colline dans un plateau, les femmes avaient insisté pour prendre le premier tour de garde. Puis de la deuxième heure à l’aurore le Mentor et Matteo s’assirent à leur tour de part et d’autre du feu de camp, tandis que les femmes allaient s’allonger pour s’endormir rapidement. Ezio, qui avait laissé ses cheveux longs libres sur ses épaules, scrutait minutieusement un ancien rouleau en parchemin* qu’il manipulait avec beaucoup de précaution, tandis que Matteo passait le temps en sculptant des branches au couteau en masses informes avant d’alimenter le feu avec. Soudain, il rangea soigneusement son rouleau et contempla le firmament sombre étoilé. La brise du soir le fit frémir, mais la couverture en laine douce vint renforcer la chaleur du foyer réconfortant. Il baissa la tête après quelques instants et regarda son protégé avec un sourire chaleureux.

- Allons, Matteo ! Veux-tu poursuivre le récit de ton enfance ? j’aimerais savoir.

Une foule de souvenirs submergèrent la mémoire du jeune homme de vingt-deux ans. En vérité il avait hâte de lui raconter la suite, depuis que son maître l’avait laissé dormir la veille.

- Oui Maître. Cet homme, Rocco, n’avait pas d’autre choix que de nous emmener, ma sœur et moi, à Rome…


***


An de grâce Mille quatre cent quatre-vingt-dix-sept, Rome, quartier Antico.


En général, les filles de joie, ou appelées communément courtisanes, vivaient non loin de la maison de passe où elles officiaient. Seulement Camilla était restée habiter ici, avec son frère Rocco, dans la masure de leurs défunts parents.
Elle était furieuse. Et les poings sur les hanches, les yeux furibonds à la vue de ces deux mioches, pas très ravie d’accueillir de nouveaux habitants dans la bâtisse en bois.
« Ce n’est que pour quelques temps ! » avait tenté de la rassurer son frère. La jeune adolescente de dix-sept ans Nina, aux cheveux longs ébouriffés, la scrutait de ses yeux verts d’un regard curieux mais aussi avec une certaine distance. Quant au gamin Matteo, tout aussi barbouillé et fatigué, il avait les yeux distraits, fixant un point devant lui. Camilla soupira une énième fois. Après tout, elle pouvait les laisser, livrés à eux-mêmes. Rocco n’avait pas précisé qu’elle devait jouer à la nourrice.
Elle replaça une de ses mèches blondes derrière son oreille droite puis ouvrit la porte donnant sur l’extérieur.

- Bon, la vie est déjà difficile pour tout le monde, alors il va falloir que vous vous débrouilliez pour occuper vos journées et trouver de quoi vous mettre sous la dent. Vous pourrez revenir ici pour vous réfugier et dormir, mais ne m’attirez pas des ennuis !

Les deux enfants la regardaient sans mot dire. Elle allait leur sortir une pique pour les faire parler, agacée, mais elle se retint en repensant ce à ce que son frère lui avait brièvement raconté, sur leur tragédie. Finalement elle partit, les laissant livrés à eux-mêmes.


***


Cela faisait maintenant quelques mois que les orphelins Andreoli avaient débuté leur nouvelle vie à Rome. Leurs débuts dans la ville millénaire furent difficiles, bien qu’ils ne s’éloignent de la maison de Camilla et Rocco qu’au fur et à mesure, explorant de plus en plus les alentours. Puis ils avaient intégré une bande de cinq autres orphelins qui volaient leur pitance sur les étals des marchands ou, plus rarement, dans les maisons. Ils avaient appris l’endurance, la fuite et parfois s’esquintaient mains, coudes et genoux en grimpant les maisonnettes pour semer les habitants volés qui leur promettaient la main coupée pour ne plus recommencer s’ils les attrapaient.
C’étaient Aldo, Franca, Fabiola, Emmanuela et Alessandro qui les avaient initiés, leur apprenant toutes les astuces qu’ils connaissaient pour pouvoir survivre ainsi à Rome. Le frère et la sœur étaient devenus de vrais petits maraudeurs, comme n’en comptait plus la ville, surtout depuis l’avènement du nouveau Pape et son système totalitaire.

Un jour qu’il était rentré plus tôt, sans sa sœur, Matteo trouva la pièce principale de la maison vide. Il allait appeler présence quand il vit enfin descendre de l’étage Camilla qui souriait, l’air confuse et gênée, remontant maladroitement ses bas sous sa robe bleue et verte. Elle était suivie de près d’un inconnu qui était vêtu d’un uniforme noir, un officier. Il réajusta son long manteau en cuir sur ses épaules.

- Oh tiens ! Salut Matteo. Rit nerveusement la courtisane. Je te présente Osvaldo, un ami !

Mais le jeune Andreoli restait muet, se contentant de dévisager l’inconnu aux cheveux noirs gominés et mal rasé qui jouait avec une mèche de cheveux de la sœur de Rocco.

- Oh, il n’est pas très bavard, mais il est gentil ! Dit-elle à l’officier, comme pour excuser le garçon. Hein Matteo, tu es gentil ?

Encore une fois le garçon ne répondit pas et commença à grimper les escaliers en bois qui craquaient à chaque marche, pour enfin atteindre les chambres. Les deux amants se tenaient près de la porte d’entrée à présent. Le jeune adolescent les vit s’embrasser d’un rapide baiser puis Osvaldo s’en alla, accompagné d’un dernier « au revoir » de la blonde. Elle ferma la porte et se retourna, souriant à Matteo.

- Ça va ? Demanda-t-elle.
- Oui. Répondit-il simplement.

Puis il monta dans sa petite chambre, une pièce qu’il devait partager avec sa sœur. Qu’est-ce qu’il regrettait que Rocco soit partit pour un si long voyage ! A chacune de ses longues absences, Camilla en profitait pour amener un homme après l’autre dans la maison.


***


Trois années plus tard :


Matteo était couché sur le toit pierreux et froid d’une maison appartenant à une série de plusieurs accolées les unes aux autres. À côté de lui Aldo, dans la même position que lui, scrutait le port devant eux à quelques mètres, les deux mains en visière contre son front pour protéger ses yeux des rayons de soleil.
Leur nouvelle cible : une caravelle provenant de Sardaigne ; plus précisément sa cargaison.

- Es-tu sûr que ça vaut le coup d’aller piller la cale de ce bateau ? C’est tout de même très risqué ! Redemanda l’Andreoli.
- Je te l’ai dit et redit, Matteo ! Grogna le plus âgé de la bande. Il n’y a que peu de marins de garde le midi, ils vont tous manger et boire dans les tavernes du port. À nous les pecorino sardo* et les gâteaux aux amandes !

L’enthousiasme de son aîné redonna de la hardiesse à Matteo qui sourit à son tour.

- Allez, on y va, on suit le plan !

Les deux garçons descendirent de leur perchoir avec agilité, tels des petits singes, ces animaux qui habitaient sur un autre continent, se préparant à leur entreprise.
Depuis quelques mois ils n’étaient plus que six, car Nina avait rejoint un homme mystérieux qui était arrivé depuis peu à Rome et qui avait formé une sorte de guilde. Depuis, même Matteo ne la croisait que très rarement. Elle avait abandonné ses pantalons et tunique en laine sales pour des vêtements légers de tissu et de cuir et une tunique à capuche blanches. Le frère cadet ne comprenait pas ce que signifiait ce déguisement étrange mais avait fini par mettre sa sœur de côté comme elle l’avait fait si bien avec lui.

En bas, les quatre autres enfants de la bande se mettaient déjà à l’ouvrage, Fabiola simulant une blessure quelconque et Alessandro appelant à l’aide pour attirer les deux hommes qui gardaient la passerelle d’accès en bois au bateau, tandis que Franca et Emmanuela précédèrent Aldo et Matteo ; les deux premières faisant le guet sur le pont tandis que les deux derniers s’engouffraient dans la cale. Les deux adolescents n’avaient jamais vu autant de nourriture stockée en un seul endroit, mis à part au marché. Des centaines de fromages et autres articles pullulaient et les odeurs parfumées de lait caillé et fermenté se mêlaient agréablement aux senteurs d’oranges et de citrons acides, de pommes aux senteurs fruitées et au bois renfermé ; tous ces aliments n’attendaient que d’être engouffrés dans leurs sacs de toile. Ils savaient qu’ils ne pourraient tout emporter mais ils prirent le maximum qu’ils pouvaient transporter.
Finalement, après quelques minutes, ils remontèrent sur le pont. Mais quelle ne fut pas leur désagréable surprise, voir l’horreur en découvrant la dizaine de soldats qui leur faisaient face, constituant un obstacle entre eux et la passerelle pour regagner la terre ferme.
Franca et Emmanuela étaient détenues entre deux gardes tandis que Fabiola et Alessandro avaient sûrement pu s’éclipser, vu que Matteo ne les voyait nulle part. Il sentit son cœur battre encore plus vite que lorsqu’il était stressé dans le ventre du bateau, à tel point qu’il croyait qu’il allait exploser dans sa poitrine. Il put lire la terreur dans le regard d’Emmanuela, seulement plus jeune que lui de quatre ans, tandis que la colère se lisait sur le visage de Franca qui, telle une furie, s’arracha de la poigne de l’homme qui la tenait et lui lança un coup de pied de toutes ses forces et qui le fit tituber en arrière, puis trébucha sur un cordage et tomba et s’affala lourdement sur le plancher du pont. Ses camarades éclatèrent de rire, ce qui augmenta son courroux et son humiliation. Dès qu’il fut relevé, il attrapa la jeune furie par les cheveux, dégaina son épée et lui transperça le ventre sous les cris des autres enfants et les yeux écarquillés de ses compagnons d’arme chez qui les rires s’effaçaient instantanément. Emmanuela pleurait tandis que le tueur réalisa son geste trop tard, bouche bée. Les autres gardes furent écartés par un nouvel arrivant qui était vêtu tout de noir et qui semblait être leur chef. Celui-ci frappa le soldat qui avait tué la fille comme pour le punir et se retourna vers les autres, les sourcils froncés.

- Qu’est-ce qui se passe ici, imbeccili ? aboya-t-il.
- On a arrêtés ces morveux qui pillaient le bateau ! répondit un garde en désignant les deux jeunes maraudeurs.

Le chef fixait à présent les deux garçons aux pieds desquels reposaient deux sacs comportant leur butin. Puis il s’approcha d’eux, de plus en plus. Il s’approcha de Matteo, replaçant quelques mèches de ses cheveux noirs derrière son oreille gauche. Un sourire mauvais fendit son visage mat. L’adolescent apeuré avait les yeux rivés sur les dents presque jaunes de l’officier.

- Toi, je te reconnais, sale petit pouilleux ! t’es Matteo, le parasite qui vit chez cette idiote de Camilla !
- Et toi tu es Osvaldo, un des chiens fous des Borgia !

L’officier abattit sa main droite sur le garçon, sa paume rencontra violement la jeune joue. Cela faisait quelques temps qu’il voulait corriger ce petit bouseux. Matteo tituba un peu sous la force du coup, se massant la peau avec sa main pour calmer la douleur. Mais c’en fut trop pour Aldo qui voulait aider son ami et se rua sur Osvaldo en hurlant puis enfonça sa tête dans son ventre. Osvaldo alla se cogner la tête contre la paroi en bois du pont supérieur, étonné de l’audace de ces jeunes. Les yeux écarquillés et confus, il se frotta le crâne à l’endroit où la douleur l’élançait.
Puis tout se passa vite. L’officier rejoignit dangereusement le chef de la bande de maraudeurs, abattit son poing sur son nez puis dégaina son fauchon pour finalement lui ouvrir la gorge d’un coup net et précis. Une giclée de sang chaud arrosa le visage de Matteo qui se mit à pleurer à son tour. Plein de haine envers cet homme, ses larmes de rage ruisselant sur ses joues, il attrapa un épieu accroché au mât du bateau et perfora le poumon de l’homme en noir qui se retourna bien trop tard. Ce dernier abaissa son bras armé, ayant perdu la force de le tenir, le souffle coupé et sentant son énergie vitale s’enfuir de son corps. Il tendit son autre main vers le garçon comme pour l’attraper et ses lèvres frémissaient, voulant articuler mais aucun son ne sortit de sa bouche. Puis finalement ses yeux vacillèrent et il s’écrasa sur le sol. Les autres soldats, effarés de ce qui venait de se passer sous leurs yeux, eurent quelques secondes de blocage, choqués, certains la bouche bée. Puis ils sortirent de leur léthargie comme un seul homme et se ruèrent vers le jeune adolescent, lames dégainées.
Matteo sentait l’adrénaline consumer son corps entièrement à présent. Il avait l’impression que tout autour de lui marchait au ralentit. Il attrapa la main d’Emmanuela et la tirait de toutes ses forces, courant pour s’échapper.
Malheureusement le passage vers la passerelle n’était toujours pas dégagé, il décida alors de monter les escaliers pour se réfugier sur la proue. Il grimpa les quelques marches quatre à quatre, traînant la jeune fille, puis la poussa vers l’avant du bateau et se retourna pour donner un violent coup de pied dans la tête d’un soldat qui dépassait le pont supérieur, le faisant chuter lui et trois de ses camarades entassés derrière. Malheureusement pour les deux enfants, ce geste ne freina les soldats qu’un court moment et ils accédèrent enfin à la proue à leur tour, réclamant dans leurs cris le sang des deux infortunés. Matteo voyait leur fin approcher tandis que la petite brune derrière lui était recroquevillée sur elle-même en sanglots. Aucune issue. D’un côté les hommes sans pitié et de l’autre, de l’eau salée à perte de vue ; le quai et les maisons habités semblaient si loin… Mais au moment où l’un des soldats allait enfin abattre son épée sur le maraudeur, le jeune Andreoli entendit un bruit violent comparable au tonnerre et le soldat devant lui s’affala, un trou percé au milieu du front, le sang commençant à s’y échapper. Puis en quelques secondes il vit l’apothéose d’une silhouette blanche qui virevoltait entre les gardes, comparable à un aigle majestueux qui perçait de ses serres ses victimes qui tombaient, la glotte percée ou une profonde estafilade dans le ventre. Puis cette silhouette s’immobilisa au milieu des cadavres qui baignaient dans des mares de sang qui rougissait les planches de bois. Quel massacre ! Matteo n’avait que ce mot à l’esprit, mais la mort de ses tortionnaires ne lui faisait ni chaud ni froid. Au contraire, il ressentait une certaine satisfaction du fait de constater que ses amis avaient été vengés.
Enfin l’homme encapuchonné gagna la proue en un saut gracieux et fluide et s’arrêta au-dessus du garçon qui tremblait encore de peur.

- C’est fini petit, personne ne vous fera plus de mal aujourd’hui. Dit-il simplement.

Matteo avait la bouche bée et les yeux qui semblaient vouloir quitter leurs orbites. Il admirait l’homme au visage sombre caché sous sa capuche immaculée, le soleil derrière la tête qui lui conférait un halo digne des représentations des saints sur les vitraux d’une cathédrale, lui rendant cet air impérial et mystique dont le jeune adolescent ne se lassait pas de contempler et d’admirer.
Etait-ce un dieu, un titan qui se dressait là devant lui ? Il ne saurait dire, mais il était fasciné.
L’homme lui tendit sa main pour l’aider à se relever.

- Je suis Ezio Auditore, chef des Assassins. J’ai admirés ton courage et ta bravoure. Quel est ton nom ?
- Ma-Matteo. Matteo Andreoli. Répondit simplement le jeune.
- La libération de Rome a commencée et j’ai besoin de gens courageux et loyaux comme toi !

Il était clair et direct en tout cas. Matteo réfléchit rapidement. Deux de ses compagnons étaient morts, les autres étaient partis, il ne lui restait qu’Emmanuela et une vie de misère à marauder dans les bas quartiers. Il n’avait que peu d’idée de ce que cette nouvelle vie allait lui apporter, mais il savait qu’il ne voulait plus de cette vie de misère. Il ne savait pas exactement de quoi serait fait l’avenir, mais à cet instant précis il savait qu’il pourrait changer bien des choses en rejoignant cet homme.

- Je suis honoré de vous rejoindre et impatient d’apprendre. Mais Emmanuela vient avec nous, exigea-t-il presque.

Ezio tourna la tête vers la petite fille qui s’était relevée aussi, séchant ses larmes de sa manche rapiécée. Elle avait à présent un regard déterminé, comme son ami.

- Bien sûr. Venez, je vais vous présenter à vos fratelli.


***


Matteo tassa le tas de cendres de sa botte, effaçant les derniers vestiges du feu de camp. C’était l’aube et bientôt les premiers rayons de soleil du nouveau jour allaient les caresser.

- Vous connaissez la suite. Conclu-t-il à l’attention de son Maître.

Ce dernier ne répondit pas tout de suite. Il avait encore un élan de compassion qui lui nouait la gorge. Il mettait en parallèle sa triste histoire de famille avec la sienne. Mais le jeune maître Assassin avait perdu ses deux parents d’un coup, tandis que lui, il avait eu encore sa mère. De plus le jeune avait connu la misère bien plus tôt dans sa vie que lui. Mais il devait lui rappeler que l’avenir serait sûrement encore plus éprouvant que le passé, malgré sa formation.

Le récit de Matteo avait duré jusqu’au petit matin. Enfin, ils réveillèrent les deux femmes. Après un frugal déjeuner vite avalé, ils se remirent en selle pour Pise.


***


Naples, cinq jours après l’assassinat de Gino Montefeltro.


Adraste* Lavigne ôta son tablier de cuir et le plia sur sa table de travail. Ses potions et autres drogueries étaient prêtes. Preuve était le cadavre aux yeux globuleux et aux lèvres verdâtres purulentes attaché sur le fauteuil de bois adjacent. Il avait exercé son art encore une fois, admirant son chef d’œuvre.
De ses mains gantées, il réajusta son masque bordeaux. En effet l’odeur puissante des mélanges pouvait parfois étourdir et même le cadavre commençait à puer, l’odeur du trépassé était renforcée par le breuvage qu’il l’avait forcé à avaler et qui remontait de ses entrailles.

Ce jeune médecin français d’une trentaine d’années, né de l’union d’une noble lyonnaise et d’un fidèle chef de mercenaires au service de l’Eglise, avait tué plus de patients qu’il n’en avait sauvés, empoisonnés plus de malheureux qu’il n’en avait guéri… Surtout si ces malheureux s’opposaient au Saint Ordre des Templiers.
Enfin, il rangea ses précieuses fioles dans sa sacoche de cuir accrochée à sa ceinture, prenant soin de ne pas les entrechoquer pour ne pas les casser accidentellement.
Le matin même, il avait reçu une lettre relatant les derniers évènements à Gubbio. Il devait maintenant rejoindre son paternel, Domenico Mazzei da Napoli à Pise, où les Templiers avaient retrouvé ce maraud de Guido Malatesta, cette fripouille qui avait informé les autres Templiers de la mort de Gino et qui avait fui Gubbio comme un couard, à peine arrivé.

Quel ennui ! Ces intrigues de reliques sacrées qui régissaient l’Ordre ne l’intéressait guère, mais il trouvait son compte dans le fait que son père avait besoin de ses talents d’homme de médecine et lui, il avait l’occasion de mettre en œuvre de nouvelles expériences.
Bref, peut-être allait-il pouvoir exercer son art à nouveau, dans la douce et chaleureuse Toscane…


Notes du chapitre

  • Adraste : du grec adrásteia qui signifie ‘de qui on ne peut échapper’.
  • Discepola : disciple.
  • Parchemin : Le parchemin désigne une peau de couleur claire apprêtée par un artisan parcheminier. Il sert comme support à l'écriture pour des lettres et des rouleaux, puis plus tard pour des livres, depuis sa forme ancienne de codex.
  • Pecorino Sardo : spécialité de fromage de Sardaigne.


Notes

  • La Vendetta del Figlio peut s'inscrire dans l'univers canonique de la série Assassin's Creed malgré quelques rares incohérence et la reprise de certains personnages déjà morts à l'époque où se déroule l'histoire.

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